Pendant que certains construisent, Vaucluse Ingénierie structure sa centrale d'achat, OTE plante son drapeau à Marseille, l'école Builders repense son campus normand, la commande publique d'ingénierie, elle, décroche de 15 % en un an. Cette semaine, l'actualité des ingénieurs dessine un secteur à deux vitesses.
L’actualité des concepteurs | Ingénieurs n° 31

Centrale d'achat, aide au montage, ingénierie financière | Le modèle Vaucluse Ingénierie

Le département du Vaucluse a franchi un cap dans l'accompagnement de ses petites communes. Son Agence technique départementale, Vaucluse Ingénierie, vient de lancer une centrale d'achat destinée à ses 105 communes et trois intercommunalités adhérentes. Objectif : rédiger des accords-cadres mutualisés, à commencer par un premier marché dédié aux missions de géomètres-experts, réparti en quatre lots géographiques.

Une initiative justifiée par un contexte particulier. Sur les 151 communes du département, 114 comptent moins de 3 500 habitants et disposent de très faibles ressources en ingénierie. Créée en juin 2024, l'agence intervient sur la faisabilité des projets, le montage financier et la coordination avec les acteurs locaux — CAUE 84, parcs naturels régionaux, SPL Territoires 84 — via un protocole de coopération formalisé.

Les premiers résultats sont tangibles. Avec un budget de fonctionnement de 730 000 € en 2025, Vaucluse Ingénierie a soutenu des opérations qui ont représenté plus de 10 M€ de travaux et capté plus de 6 M€ de subventions. L'agence a également acquis la plateforme « Ma Com'Une » pour évaluer la capacité d'investissement de chaque adhérent. Un outil stratégique pour des collectivités aux montages de plus en plus complexes.

Ingénierie du bâtiment | OTE mise sur Marseille pour couvrir le Sud-Est

Le groupe strasbourgeois OTE, spécialiste de l'ingénierie du bâtiment, vient d'ouvrir un bureau à Marseille, sa 12e implantation en France. Ce nouveau point d'ancrage s'appuie sur des références déjà acquises dans la cité phocéenne, notamment autour du réaménagement de la gare Saint-Charles.

Forte de 320 collaborateurs et d'un chiffre d'affaires de 95 millions d'euros, l'entreprise indépendante regroupe sept entités complémentaires : bureau d'études TCE, développement durable, contractant général, désamiantage, process industriels, acoustique et BIM. Ce maillage de compétences lui permet d'aborder des opérations à haute technicité : technicentres SNCF, data centers, établissements de santé ou encore enceintes sportives, comme la restructuration du stade de la Meinau livrée en 2025.

Le groupe a aussi renforcé son positionnement dans l'industrie via sa filiale Sysnium, créée en 2022, qui intègre les process de production dès la faisabilité. L'agroalimentaire, la pharmacie et le luxe figurent parmi les secteurs ciblés.

Fidèle à une croissance organique, OTE vise le cap des 100 millions d'euros dès 2026. Son siège d'Illkirch fait lui-même l'objet d'une surélévation bois de 1 000 m², conçue au standard Passivhaus.

Commande publique d'ingénierie | Une chute de 15 % qui menace toute la filière BTP

Le constat est sévère. Selon une étude de Vecteur Plus pour Syntec-Ingénierie, la commande publique d'ingénierie a reculé de 15 % en 2025 par rapport à 2024. Le segment du bâtiment — et plus précisément le tertiaire public — accuse le coup le plus dur, avec une chute de 27 %.

Les communes sont au cœur du problème. Elles ne financent plus que 36 % du volume de projets locaux, contre 41 % en moyenne sur cinq ans. Le traditionnel ralentissement de fin de mandat électoral a cette fois pris une ampleur inédite, accentuée par les fortes contraintes budgétaires.

Pour la filière, le signal est préoccupant. Les marchés de maîtrise d'œuvre précèdent ceux de travaux : ce décrochage laisse présager une contraction significative de l'activité construction et infrastructures en 2026-2027. En valeur corrigée de l'inflation, la commande publique d'ingénierie est retombée à son niveau pré-Covid. Quatre années de progression effacées en douze mois.

Syntec-Ingénierie appelle les nouvelles équipes municipales à structurer une relance autour de trois axes : sécuriser les projets engagés, évaluer le coût de l'inaction et instaurer une programmation pluriannuelle des infrastructures.

L'école d'ingénieurs Builders repense son campus normand

L’école d'ingénieurs Builders, installée à Epron près de Caen depuis 1993, engage un ambitieux chantier d'extension-réhabilitation. Objectif : ajouter 3 200 m² SU aux 7 000 m² SP existants pour accueillir 1 200 étudiants d'ici 2030, soit 50 % de plus qu'aujourd'hui.

L2 Architectes, concepteur historique du bâtiment, pilote la maîtrise d'œuvre aux côtés de TJ Architecture, Egis et Orfea. L'agence a revu l'organisation spatiale selon une logique verticale, afin de clarifier un plan devenu complexe après plusieurs phases successives.

Le projet se distingue par trois axes : une ossature bois avec remplissage en paille hachée, des panneaux solaires en façade (120 m² sur 520 m² de photovoltaïque au total) et des murs en terre-paille développés dans le cadre du programme européen CobBauge. Des écopavés drainants à base de coquillages, mis au point dans les laboratoires de l'école, complètent le dispositif.

Le campus vise une réduction de 60 % de sa consommation énergétique et le niveau E3C2 du label E+C-. Budget : 16 M€ TTC, cofinancé à 50 % par la Région Normandie. Livraison prévue pour la rentrée 2028, chantier mené en site occupé.