Faut-il vraiment climatiser à tout-va ? L’alerte lancée cette semaine par Frédéric Bœuf ouvre le débat, et donne le ton d’une actualité des ingénieurs où chaque projet compose avec ses limites. Au sommaire également : le défi géotechnique du golf du Kempferhof, la nouvelle acquisition suisse d’Ingérop et le renouvellement à la présidence de Cinov Territoires & Environnement.
Ingénieurs n° 34

Kempferhof | Un écrin cinq étoiles pour le golf alsacien

Au sud de Strasbourg, le domaine du golf du Kempferhof à Plobsheim (Bas-Rhin) accueille un chantier hors norme. Sur 85 ha, la maîtrise d’œuvre confiée à Oslo Architectes et au BET OTE Ingénierie orchestre une opération de 60 M€, livrable en septembre 2027 après trois ans de travaux.

La contrainte majeure vient du sol. La nappe phréatique affleure. Les ingénieurs ont donc opté pour un bouchon injecté et une paroi de soutènement en pieux sécants. Le sous-sol est intégralement cuvelé par une membrane extérieure. Cette même ressource devient un atout : une géothermie à 40 m de profondeur approvisionne une pompe à chaleur eau-eau, via un puits d’un débit de 120 m³/h.

L’hôtel cinq étoiles de 8 000 m² repose sur une structure béton en R+2. Une charpente en bois lamellé-collé coiffe l’étage supérieur. L’espace d’accueil culmine à 14 m, doté de vitrages cintrés sans joints.

Le réemploi structure le reste. Les déblais de terrassement alimentent la couche inférieure des VRD. Les eaux pluviales s’infiltrent sur place. Le recyclage des eaux grises et la végétalisation des terrasses complètent le dispositif, confié à Soprema.

Ingérop signe une nouvelle acquisition suisse

Ingérop poursuit son expansion en Suisse. Le groupe français d’ingénierie vient d’acquérir le Groupe Pierre Chuard, spécialiste des installations techniques et de l’efficacité énergétique en Suisse romande. Basée à Lausanne et Genève, la structure emploie près de 50 collaborateurs. Elle a généré 6,5 millions de francs suisses de chiffre d’affaires en 2025, soit 7 M€.

L’opération renforce le pôle génie climatique et fluides du groupe. Trois entités composent l’ensemble racheté. Chuard Ingénieurs pilote les installations thermiques et aérauliques. Fluides Concepts couvre le sanitaire et l’industriel. Sorane se concentre sur la performance énergétique.

Le savoir-faire s’étend aux simulations thermodynamiques, à la physique du bâtiment, à la géothermie et aux labellisations Minergie, DGNB et SNBS. Le groupe maîtrise aussi les environnements sensibles : blocs opératoires, salles blanches et laboratoires.

Cette complémentarité s’est révélée lors du chantier de l’Aéroport de Genève. Elle ouvre des débouchés sur des marchés porteurs : datacenters, sites industriels, hôpitaux et bâtiments à haute performance environnementale. Troisième acquisition suisse après Geos et SGI Suisse, l’opération accompagne le récent franchissement des 500 M€ de chiffre d’affaires pour Ingérop.

Ingénierie environnementale | Sabine El Moualy prend les rênes de Cinov Territoires & Environnement

Sabine El Moualy prend la tête de Cinov Territoires & Environnement. Ce syndicat de la Fédération Cinov rassemble des professionnels de l’ingénierie, du conseil et du numérique appliqués aux enjeux territoriaux.

Sa feuille de route vise à consolider les actions collectives des adhérents. Elle prévoit aussi d’élargir les coopérations avec les acteurs scientifiques et de développer les échanges internationaux.

Plusieurs chantiers techniques structurent ce mandat. Les travaux portent sur les solutions fondées sur la nature et sur l’analyse des liens entre ressources, territoires et activités humaines. L’évolution des réglementations environnementales figure également parmi les priorités.

Le numérique occupe une place centrale dans cette réflexion. La nouvelle présidente entend mesurer ses apports, comme ses effets environnementaux et sociaux, un enjeu clé pour les bureaux d’études.

Son parcours renforce cette orientation. Elle dirige une SCOP dédiée à l’intégration de l’arbre dans les projets d’aménagement. Titulaire d’un doctorat en géographie et aménagement, elle siège aussi au conseil d’orientation de Végépolys Valley.

Climatisation face à la canicule | L’alerte d’un ingénieur sur nos réseaux électriques

Face aux canicules à répétition, la climatisation s’impose comme réflexe. Frédéric Bœuf, ingénieur en efficacité énergétique et président de Surya Ingénierie, appelle à la prudence.

Le premier obstacle est électrique. Les réseaux saturent. En Bretagne, région peu climatisée, des coupures surviennent. À La Défense, des installations ne produisent plus assez de froid. Le déploiement massif fragilise aussi notre souveraineté. La plupart des pompes à chaleur réversibles proviennent de fournisseurs non européens. Métaux rares, fluides frigorigènes, électronique : la dépendance s’accentue.

Autre limite : le manque de frigoristes formés. Et les canicules précoces réclament des matériels « tropicalisés », plus chers et énergivores. Côté maîtrise d’ouvrage, le coût réel reste sous-estimé. Climatiser une école suppose souvent de revoir l’installation électrique, le transformateur, la puissance souscrite, parfois multipliée par dix.

Une étude parue dans Environmental Health Perspectives (Gasparrini et al., 2020, 311 villes) le confirme : la climatisation n’explique que 14 à 20 % de la baisse de mortalité liée à la chaleur. Le reste vient du bâti, des alertes et des comportements.

La priorité, selon Frédéric Boeuf  ? L’enveloppe et les solutions passives.