Cette semaine, on parle beaucoup de résilience dans la 38e édition de l’actualité des architectes : celle des écoles face à la chaleur, celle des matériaux géosourcés dans le Pays basque, celle d’un monument religieux qu’on croyait presque oublié à Arras, et celle d’un théâtre qui renaît de ses cendres à Nanterre.
L’actualité des concepteurs | Architectes n° 38

Bâtiments scolaires | Anticiper le climat de 2050 dès aujourd’hui

Face aux épisodes caniculaires qui se multiplient, l’architecte Warren Lepolard (Le Penhuel & Associés) et l’ingénieur Ildud Peron (BET Emenda) partagent leur approche. Le groupe scolaire de Tremblay-en-France, lauréat de l’Équerre d’argent 2025, illustre des solutions concrètes.

Le principe repose sur des dispositifs passifs. Des patios végétalisés rafraîchissent les circulations, tandis que des ouvrants sécurisés permettent une ventilation nocturne sans intervention humaine. Cette décharge nocturne s’avère essentielle : sans elle, la chaleur s’accumule jour après jour dans le bâti, même passif. Un appui actif (climatiseur, pompe à chaleur, système adiabatique) reste alors envisageable.

L’inconfort thermique débute vers 26 °C, mais le seuil acceptable en école atteint 28 °C, selon l’hygrométrie. Autrefois marginaux, les brasseurs d’air gagnent du terrain : ils réduisent la température ressentie de 3 à 4 °C.

Désormais, de nombreux maîtres d’ouvrage exigent une conception anticipée sur le climat de 2050 (+2 °C). Les deux experts plaident pour des solutions pérennes et des simulations thermiques rigoureuses, plutôt que des choix de facilité.

Bois, paille, chanvre | Le Pays basque mise sur le géosourcé

Dans le petit village d’Ostabat-Asme (250 habitants), l’opération Ostavals s’apprête à ouvrir ses portes. Ce projet réunit un centre d’évocation du paysage et neuf logements sociaux inclusifs sur 632 m² Shab. Il constitue le premier démonstrateur abouti de la démarche Filoha, lancée voilà cinq ans par plusieurs bailleurs et le comité de bassin d’emploi du Seignanx pour développer l’écoconstruction dans le sud de la région.

L’architecte Boris Le Texier a misé sur le monomur en bottes de paille, enduites de terre à l’intérieur et de chaux à l’extérieur, sur une structure béton. Le coût des travaux, de 2 300 €/m² à Ostabat, tombe à 1 700 €/m² pour la seconde opération prévue à Ascain.

Chaque projet Filoha déploie ses propres solutions bas carbone : bois, béton de chanvre, chaux, réemploi. À Labatut, huit logements pour seniors atteignent 80 % de matériaux géosourcés ou recyclables. Les entreprises se forment et gagnent en fluidité. En 2027, Filoha veut se structurer et intégrer la réhabilitation.

Abbaye Saint-Vaast | Le plus grand monument religieux du XVIIIe siècle amorce sa renaissance

Berceau historique d’Arras, l’abbaye Saint-Vaast fait peau neuve. Fondée au VIIe siècle, reconstruite au XVIIIe puis après la Première Guerre mondiale, elle constitue le plus vaste ensemble d’architecture religieuse du XVIIIe siècle en France, avec ses 20 000 m² SP.

Lancés en 2023 par la Ville, les travaux atteignent 25 M€ HT. Ils portent sur la restauration complète du clos et couvert : 8 500 m² de toitures en ardoises posées au clou, 12 500 m² de façades et près de 1 000 fenêtres centenaires. La maîtrise d’œuvre revient à l’agence Pierre-Antoine Gatier, avec le BET Egis.

Sur les 10 000 m² inoccupés depuis vingt ans s’installera un hôtel de luxe, confié au groupe HPC après la défaillance de Naos. L’investissement estimé oscille entre 27 et 30 M€, avec un apport de 5 M€ de la Banque des territoires. La cour du Puits, bientôt couverte d’une verrière signée Viry, deviendra une place publique reliant la ville au musée.

L’autre moitié abrite le pôle culturel : médiathèque et musée des Beaux-Arts, dont le réaménagement (15 M€ HT) est en consultation. Ouverture prévue en 2030.

Le théâtre des Amandiers réouvre | Quatre ans de chantier pour une transformation totale

Après quatre années de travaux, le théâtre Nanterre-Amandiers (Hauts-de-Seine) a réouvert ses portes en janvier dernier. L’agence norvégienne Snøhetta, associée à SRA architectes, a mené une réhabilitation d’envergure du bâtiment originel livré par Jean Darras en 1976. Objectif affiché : réinsérer l’équipement culturel dans la ville et le rendre plus accessible.

Au-delà de la refonte des deux salles existantes et de la création d’une troisième, l’intervention marquante concerne la séquence d’accueil. Contrainte par la parcelle, l’équipe de maîtrise d’œuvre a joué la carte de la verticalité. Le parvis a été décaissé jusqu’à 3,10 mètres de profondeur, ce qui a permis d’aménager un jardin et une entrée basse. L’ancien niveau technique accueille désormais un restaurant et une librairie logée sous le dôme du planétarium.

Résultat : les surfaces dédiées au public passent de 1 400 à 2 300 m². L’édifice atteint 10 400 m² SP contre 9 300 auparavant. Le hall haut, conçu comme un salon suspendu sur mezzanine, s’enveloppe d’un bloc de verre sérigraphié qui offre transparence, lumière naturelle et vues sur le parc André-Malraux. Coût des travaux : 49 M€ HT.