L’actualité des métiers de cette semaine est consacrée aux paysagistes. Au programme : le potentiel écologique insoupçonné des jardins pavillonnaires franciliens, la montée en puissance des paysagistes dans la gestion des eaux pluviales à Paris, une exposition dédiée à Gilles Clément au château de Pau, et le virage bas-carbone d’une entreprise de paysagisme du Val-de-Marne.
L’actualité des concepteurs | Paysagistes n° 32

7 000 hectares de verdure cachée | Le potentiel écologique du pavillonnaire Francilien

Une étude conjointe de l’Apur et de l’agence Michel Desvigne Paysagiste bouscule le regard porté sur l’habitat pavillonnaire francilien. Les 416 500 pavillons du Grand Paris et leurs jardins couvrent 10 700 hectares — soit l’équivalent de cinq bois de Vincennes — dont 7 000 hectares de végétation. Un patrimoine vert constitué depuis le XIXe siècle, mais encore sous-exploité sur le plan écologique.

Le pavillon type occupe un terrain de 365 m² : 27 % pour le bâti, 25 % de surfaces minérales et 48 % de végétation. Problème : seuls 12 % de cette partie verte sont arborés, tandis que les pelouses — gourmandes en eau et peu bénéfiques — monopolisent 36 % de l’espace.

L’étude propose cinq leviers :

  • désimperméabiliser les sols,
  • planter des arbres,
  • diversifier les strates végétales,
  • créer des continuités entre parcelles,
  • et favoriser l’infiltration des eaux pluviales.

Michel Desvigne mise sur des gestes modestes, mais cumulatifs — réduire une allée, percer une clôture, remplacer le gazon par des couvre-sols. Il met en garde contre la densification du tissu pavillonnaire, qu’il juge comme une menace directe pour ce potentiel écologique métropolitain.

Gestion des eaux pluviales | Paris accélère sa mue

Le nouveau plan ParisPluie, en vigueur depuis le 1er janvier, fixe un cap d’envergure : transformer 35 % du territoire parisien en « ville éponge » d’ici 2030, puis au moins 55 % en 2050. Le principe directeur est simple — infiltrer, évapotranspirer ou récupérer au plus près du point de chute toutes les pluies de 10 mm, qui représentent 80 % du volume pluviométrique annuel.

Ce second volet du plan s’appuie sur les évolutions du SDAGE Seine-Normandie et du SAGE de la Bièvre (schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux / schéma d'aménagement et de gestion des eaux). L'obligation s'étend désormais à l'ensemble du territoire intra-muros, sans dérogation : chaque opération est tenue de viser le standard le plus exigeant. La gestion de l’eau n’est plus la seule affaire des ingénieurs VRD. Architectes et paysagistes sont désormais en première ligne pour intégrer ces enjeux dès la conception.

Plusieurs réalisations illustrent déjà cette stratégie. La ZAC Saint-Vincent-de-Paul (14e) vise le zéro rejet grâce à une mutualisation des eaux pluviales entre bâtiments privés et espaces publics. Transformée en forêt urbaine pour 10 M€, la place de Catalogne met l’eau en scène via des noues et des murets de bief. Rue Brillat-Savarin (13e), 450 m³ d’eau échappent chaque année au réseau d’assainissement. Prochaine étape : la place de la Concorde, envisagée elle aussi en zéro rejet.

Gilles Clément au château de Pau | Quand le paysage devient œuvre d’art

Jusqu’au 30 août, le Musée national du château de Pau accueille une exposition consacrée à Gilles Clément, figure majeure du paysagisme contemporain. L’événement, prolongé en raison de son succès, met en lumière les dessins, écrits et documents qui jalonnent le parcours du jardinier-penseur.

Professeur émérite à l’École nationale supérieure du paysage de Versailles, Gilles Clément a bâti sa réputation sur trois concepts devenus incontournables pour les professionnels de l’aménagement :

  • Le jardin en mouvement compose avec l’évolution spontanée des espèces végétales.
  • Le tiers paysage valorise les espaces délaissés où la biodiversité s’exprime sans contrainte humaine.
  • Le jardin planétaire, enfin, pose la Terre comme un espace commun dont chacun porte la responsabilité.

L’exposition révèle aussi un dialogue peu exploré entre son travail et le champ artistique, à travers ses « jardins de papier » — croquis, aquarelles et carnets de terrain.

Les visites libres sont possibles tous les jours de 9h30 à 11h45, puis de 14h à 17h. Le tarif d’entrée est de 8 à 10 €, et des visites commentées sont accessibles sur réservation via le site château-pau.fr.

Décarboner le paysagisme | Flotte électrique, circuits courts et zéro gaspillage

Stéphane Allali, patron de l’entreprise de paysagisme Daniel Poussier (40 salariés, Val-de-Marne), a opéré une transformation radicale de sa société en quatre ans. Accompagné par BPI France, il a repensé l’intégralité de son modèle économique pour décarboner son activité.

Première mesure concrète : l’acquisition d’une vingtaine de véhicules électriques. L’entreprise a aussi réduit son périmètre d’intervention, de l’échelle régionale au seul département. Côté approvisionnement, fini les achats de végétaux en Belgique ou aux Pays-Bas et place aux circuits courts. Des serres, actuellement en construction, permettront de récupérer et remettre en état les plantes invendues ou les surplus de chantiers. Résultat : les 10 % de végétaux autrefois jetés trouvent désormais une seconde vie.

Point essentiel pour les professionnels : les devis n’ont pas augmenté. La transition repose sur la réduction des gaspillages, pas sur un surcoût répercuté aux maîtres d’ouvrage.

BPI France, qui a investi plus de 6 milliards d’euros en 2025 pour accélérer la transition des PME, confirme la tendance. Selon l’établissement, un diagnostic climat permet aux entreprises de dégager en moyenne 23 000 euros d’économies annuelles. Un argument qui parle à tous les dirigeants, bien au-delà des convictions écologiques.

Sur le même sujet