Moi, c’est Justin, et ma spécialité, c’est le pépin. Devenu le roi des pratiques à ne pas suivre, la MAF m’a demandé de vous raconter mes expériences. Vous l’avez redouté ? Moi, je l’ai fait. D’ailleurs, il faut que je vous raconte…
Justin Pépin et la construction en zone inondable

Entreprise familiale devenue fleuron de l’industrie locale, la PME de Monsieur Dubois souhaite s’offrir un siège à la hauteur de ses ambitions.

Pour le dirigeant, l’écrin est tout trouvé : un espace magnifique en bordure de fleuve. Mais l’esthétisme du site a ses limites : le secteur est classé en zone inondable à risque modéré et impose une conception qui doit tenir compte du PPRI (Plan de Prévention des Risques d’Inondation).

Le Permis de Construire (PC) est clair : le rez-de-chaussée doit être surélevé afin de respecter une cote supérieure à celle de la crue de référence. Les pieds dans l’eau mais le plancher au sec.

La réglementation contrarie la vision du dirigeant. À l’occasion d’une réunion de chantier, il exige que le hall d’accueil, coeur vibrant de son entreprise, soit de plain-pied, ouvert et accessible.

J’ai beau alerter sur les risques d’inondation, le respect de la cote légale, les risques d’annulation du PC, rien n’y fait. L’argument de la crue est vite balayé : le fleuve n’a pas débordé depuis 40 ans, pourquoi se ferait-il soudainement ?

Je propose de retravailler mon projet pour tenter de faire cohabiter les attentes de mon client avec les règles d’urbanisme. Il n’est pas de cet avis et ordonne aux ouvriers de couler la dalle du hall au niveau du terrain.

Conscient du risque, je résilie mon contrat de maîtrise d’oeuvre en signifiant mon désaccord avec le non-respect du PC.

Les travaux continuent et le nouveau siège social est inauguré avec faste.

Trois ans plus tard, des pluies diluviennes font déborder le fleuve jusque dans le hall d’accueil. Dépassé par la montée des eaux, mon client m’assigne au motif que je n’ai pas rempli mon devoir de conseil en résiliant le contrat de maîtrise d’oeuvre.

L’expertise me met rapidement hors de cause. Face à ce fleuve que j’observe une dernière fois, je retiens un enseignement : la mission de l’architecte n’est pas de plaire, mais de protéger l’ouvrage et ses occupants des aléas climatiques… et, parfois, des caprices de ses clients.

 

Adoptez les bons gestes

 

Insister sur le strict respect du PC

  • Les pièces de vie et équipements sensibles doivent strictement respecter la prescription du PC.
  • Tous les éléments structurels et les équipements au niveau inondable doivent être résistants à l’eau et conçus pour permettre l’écoulement de l’eau (ventilation, ouvertures de décharge).

Alerter le maître de l’ouvrage sur les risques encourus

  • Risque de procès-verbal d’infraction et d’obligation de démolir ou de mettre en conformité la partie non réglementaire.
  • Risque de refus de prise en charge en cas de sinistre lié à l’inondation.
  • Résilier le contrat en cas d’entêtement.
  • Conserver tous les écrits.

 

Les mésaventures de Justin Pépin sont tirées de faits réels rencontrés dans les dossiers "sinistres" de la MAF.