Le paysage résiste. Aux destructions de haies, à l’artificialisation des zones humides, à la marginalisation du génie écologique dans les marchés publics. Cette semaine, la réglementation, la justice et la profession elle-même envoient des signaux forts. Retour sur quatre actualités qui comptent.
Paysagiste

Taille des haies | L’impact de la LOSARGA pour les paysagistes

La réglementation sur la taille des haies évolue avec la mise en œuvre progressive de la LOSARGA (Loi d’orientation agricole pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture) votée en mars 2025. Cette loi introduit pour la première fois une définition légale de la haie : une unité linéaire de végétation de vingt mètres de largeur maximum, composée d’au moins deux types d’essences parmi arbustes, arbres et autres ligneux.

Point essentiel pour les professionnels : les haies de parcs, jardins et enceintes d’habitations sont explicitement exclues de cette définition. Elles échappent donc aux nouvelles interdictions, hormis l’obligation permanente de protection des espèces protégées (art. L411-1 du code de l’environnement).

Le calendrier de mise en application se déploie en deux phases. Dès juin 2026, l’interdiction de destruction des haies « au sens de la loi » entre en vigueur. En 2027, des arrêtés préfectoraux fixeront les périodes d’interdiction de travaux à l’échelle départementale, avec un système de guichet unique pour les déclarations.

Attention toutefois : certains départements ont déjà défini des arrêtés Biotopes restrictifs. Dans les Vosges, seul l’entretien des pousses annuelles est autorisé du 16 mars au 15 août. Le Haut-Rhin interdit toute taille du 15 mars au 31 juillet. Une vigilance locale reste donc indispensable.

Trocadéro | Un mémorial végétal de 4 000 m²

Le futur Mémorial national des victimes de l’esclavage a été dévoilé le 18 février dernier. Il s’implantera dans les jardins du Trocadéro, au cœur du XVIe arrondissement de Paris. Porté par le ministère des Outre-mer et piloté par l’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture, ce projet est le fruit d’un engagement associatif de longue date.

Sa conception a été confiée à deux signatures reconnues : l’agence Michel Desvigne Paysagiste, en tant que mandataire, et l’atelier d’architecture Philippe Prost. Ensemble, ils ont imaginé un espace loin des codes monumentaux classiques. Le mémorial prendra la forme d’un jardin immersif de 4 000 m², à la fois vivant, haut en couleur et fleuri.

L’élément central : des panneaux de lave colorée sur lesquels seront gravés les noms de 215 000 esclaves affranchis. Un geste mémoriel puissant, ancré dans la matière et le végétal. Le lieu se veut propice autant à la déambulation qu’au recueillement.

Plans d’eau en zones humides | Un arrêté annulé au nom de la biodiversité

Par une décision du 2 mars 2026, le Conseil d’État a annulé l’arrêté du 3 juillet 2024 qui dispensait les plans d’eau de moins d’un hectare des conditions strictes imposées par le texte de 2021 pour leur implantation en zones humides. Ce dernier exigeait notamment la démonstration d’un intérêt général majeur, l’absence d’alternative plus favorable à l’environnement et des mesures de compensation efficaces.

La Haute juridiction a estimé que cet assouplissement violait le principe de non-régression environnementale, inscrit dans la loi Biodiversité de 2016. L’enjeu est loin d’être marginal : selon l’inventaire national du ministère de la Transition écologique, la majorité des plans d’eau français présente une surface inférieure à un hectare. La dispense aurait donc concerné une part considérable des projets.

Les chiffres appuient la décision : 41 % des principales zones humides identifiées en France se sont dégradées entre 2010 et 2020. Ces milieux — marais, tourbières, mangroves — abritent la moitié des espèces d’oiseaux et jouent un rôle clé dans la régulation du climat et la prévention des inondations.

Le Conseil d’État a également relevé qu’aucun dispositif juridique existant — Sdage, Sage, Natura 2000 — ne garantissait une protection équivalente à celle supprimée par l’arrêté contesté. Une décision rare qui réaffirme l’interdiction pour l’exécutif d’abaisser le niveau de protection environnementale sans intervention du législateur.

Génie écologique et commande publique | Un guide de l’Unep

L’Union nationale des entreprises du paysage (Unep) a publié fin 2025 un guide dédié au génie écologique dans la commande publique. L’objectif : aider les maîtres d’ouvrage à mieux intégrer les enjeux de biodiversité dans leurs projets de travaux et d’aménagement, y compris en milieu urbain.

Élaboré en collaboration avec la Fédération nationale des travaux publics et plusieurs acteurs du secteur, ce document de référence se structure en trois volets :

  • Le premier pose les repères essentiels d’une démarche de génie écologique réussie.
  • Le deuxième détaille les grands principes de passation des marchés publics adaptés à cette discipline.
  • Le troisième recense les informations clés à fournir dans les pièces de marché.

Selon Mathieu Le Meur, président du groupe technique métier génie écologique de l’Unep, le guide rassemble « des bons réflexes et des bonnes pratiques » pour garantir la réussite des projets. Cette initiative arrive à point nommé : les exigences environnementales se renforcent dans la réglementation des marchés publics. Le génie écologique, qui allie compétences du génie civil et savoir-faire naturaliste, devrait donc connaître un essor significatif dans les années à venir.

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