Dessiner des bâtiments durables, fédérateurs et profondément ancrés dans leurs territoires : telle est l’ambition d’HEMAA, agence d’architecture et d’urbanisme adhérente à la MAF depuis 2018, et distinguée en 2025 par le Prix de la Première OEuvre de l’Équerre d’Argent. Pour la MAF, ses deux fondateurs, Charles Hesters et Pierre Martin-Saint-Etienne, reviennent sur leur parcours et expliquent comment leur pratique mêle exigences architecturales, techniques et environnementales. Rencontre avec deux architectes qui revendiquent une approche engagée, du concept jusqu’à la réalisation.
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Bonjour Charles, bonjour Pierre ! Avant de parler de vos projets, pouvez-vous vous présenter ?

Charles : Bonjour ! Nous avons fondé HEMAA, une agence d’une vingtaine de collaborateurs installée dans le 20e arrondissement de Paris. Notre association remonte à nos études, que nous avons suivies ensemble à l’ENSA Paris-Val de Seine.

Pierre : Tout est parti d’un concours étudiant : imaginer des logements sur l’île de Puteaux dans une zone totalement inondable, tout en préservant les espaces sportifs existants.

Charles : Le projet était difficilement réalisable, mais il a révélé notre complémentarité. Après nos diplômes, nous avons travaillé sept ans chez Brenac & Gonzalez & Associés. Une expérience riche et formatrice.

Pierre : Puis, en 2018, les parents de Charles, eux-mêmes architectes, nous ont sollicités pour les accompagner sur un concours. Une opportunité décisive… et le début d’HEMAA !

Déjà, à l’époque, un projet qui concerne un groupe scolaire…

Charles : Oui, un groupe scolaire en ossature bois et ardoise à Heudebouville (Normandie), conçu avec une approche environnementale forte. Ce projet a posé les bases de notre architecture : lien au territoire et attention à l’écologie.

Pierre : Nous avons imaginé des cloisons modulables pour anticiper l’évolution démographique. Ce souci d’adaptabilité fait partie de notre ADN. Après cela, nous n’avions plus de raisons d’hésiter.

Quel est aujourd’hui votre champ d’intervention ?

Charles : Environ 85 % de notre activité concerne la commande publique : groupes scolaires, gymnases, salles de sport, équipements culturels. Nous travaillons actuellement sur une trentaine de projets.

Pierre : Nous intervenons aussi hors d’Île-de-France : Normandie, Picardie, Somme, Sèvres, Francfort, Lyon… La seule limite : une accessibilité en train ou à 1 h 30 maximum en voiture. Chaque territoire est une source d’inspiration.

La commande publique traverse une période plus incertaine. Cela vous inquiète-t-il ?

Pierre : À court terme, non : notre carnet de commandes 2026 compte déjà 17 chantiers et trois opérations de logements. Mais nous restons attentifs au contexte et travaillons à renforcer notre expertise.

En 2025, vous remportez le Prix de la Première OEuvre. Parlez-nous de ce projet à Évry-Courcouronnes.

Charles : Le pôle enfance et sportif s’insère dans le Parc des Loges. Quatre pavillons reliés par des transparences composent un petit « village dans les arbres », complété par un bâtiment sportif qui protège la grande cour. Le parking imposé par le programme a été glissé dans un talus existant. Cette solution a permis d’unifier l’ensemble du site et de réemployer la terre pour réaliser du pisé — une ressource locale aux qualités remarquables… provenant d’anciens remblais du métro parisien !

 

« Conserver l’architecture, c’est créer un patrimoine commun. »

 

Utiliser la terre crue pose parfois des questions d’assurance. Avez-vous rencontré des difficultés ?

Charles : Pas avec la MAF, qui nous a suivis sans hésitation, sans surprime. Ce n’était pas le cas de certains partenaires, pour qui l’usage d’un matériau non courant posait problème. Sans le soutien de la MAF, le projet aurait été fragilisé.

Pierre : Ces techniques ne sont pas nouvelles. L’important est de les adapter aux normes actuelles. Le fait que la MAF n’exclue pas ces pratiques nous laisse une vraie liberté de conception.

Gagner un prix permet-il de légitimer votre façon de travailler ?

Charles : Oui, c’est une reconnaissance de la profession.

Pierre : C’est aussi un gage de crédibilité : en concours, cela rassure sur notre capacité à concevoir… et à réaliser.
Dans 50 ans, que diront les architectes des projets construits aujourd’hui ?

Charles : Nous voulons concevoir des bâtiments intemporels, désirables dans la durée. Un bâtiment qu’on n’aime plus est souvent un bâtiment qu’on démolit.

Pierre : Et la question de l’entretien est essentielle. Comme un bel objet, un bâtiment auquel on tient est mieux protégé.

 

« Un projet, c’est la convergence des idées de toute une équipe. »

 

Arrivez-vous encore à concevoir en tant que dirigeants ?

Charles : Oui, mais différemment : davantage dans l’échange avec nos équipes.

Pierre : Nous travaillons beaucoup en 3D, mais revenons parfois au dessin à la main.

Et l’intelligence artificielle ?

Charles : Nous étions sceptiques, mais elle fait désormais partie du paysage.

Pierre : Nous l’utilisons avec mesure : pour vérifier, relire, gagner du temps. Pas pour concevoir.

Quelle est votre plus grande fierté aujourd’hui ?

Pierre : Avoir construit une agence où l’équipe se sent bien, et livrer des projets dont nous sommes fiers.

Charles : Et certains retours sont inoubliables : des enfants ont écrit une chanson pour dire combien ils aimaient leur école. C’est ce qui donne du sens à notre métier.

Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?

Charles : (Rires) Peu de sinistres… Plus sérieusement : continuer à faire vivre HEMAA à travers des projets ambitieux et responsables.

Détail du pôle enfance et sportif
Evry-Courcouronnes (91)
© Charles Bouchaib
Groupe scolaire et gymnase en bois
Langevin-Wallon Colombes (92)
© Sergio Grazia

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