Nemetschek | l’IA comme levier de productivité
Nemetschek Group confirme sa trajectoire ascendante. Avec un chiffre d’affaires 2025 de 1,2 milliard d’euros (+22,6 %), l’éditeur allemand — deuxième du pays derrière SAP — renforce sa place parmi les leaders mondiaux du logiciel AEC. Sa rentabilité progresse plus vite que son CA, portée notamment par l’IA, qui génère « 20 à 30 % de gains de productivité » dans le développement de ses propres solutions, selon son PDG, Yves Padrines.
Quatre acquisitions stratégiques ont jalonné l’année : Xinaps (détection de conflits cloud, intégrée à Solibri), Manufactum (préfabrication et hors-site pour Allplan), Firmus AI (analyse algorithmique de plans en préconception pour Bluebeam) et une start-up berlinoise dédiée aux environnements paysagers pour Maxon. Firmus AI sera disponible en Europe dès l’été 2026 via le package « Bluebeam Max ».
L’ambition est claire : transformer architectes et ingénieurs en professionnels « augmentés ». Un enjeu crucial quand on sait que 41 % des architectes et ingénieurs américains partiront à la retraite d’ici 2031 et que 7,5 millions de postes restent vacants dans le secteur AEC à l’échelle mondiale. Sur le volet cloud, Nemetschek héberge ses solutions chez AWS et Google Cloud, tout en développant des options d’hébergement régional pour répondre aux tensions géopolitiques actuelles.
Pritzker 2026 | Radić Clarke, explorateur radical de l’intériorité architecturale
Le Chilien Smiljan Radić Clarke, 60 ans, décroche le prix Pritzker 2026 — dix ans après son compatriote Alejandro Aravena, qui préside cette fois le jury. Quasi inconnu en France, l’architecte a bâti l’essentiel de son œuvre au Chili depuis la création de son agence à Santiago en 1995.
Né d’un père croate et d’une mère britannique, diplômé de l’université pontificale catholique du Chili (1989), puis formé à l’IUAV de Venise, Radić Clarke développe une réflexion singulière autour de l’intériorité et du refuge. Chaque projet naît d’une recherche où convergent histoire, contexte, usage et sensibilité au site.
Le jury salue « une œuvre au carrefour de l’incertitude, de l’expérimentation et de la mémoire ». Ses édifices paraissent temporaires, presque inachevés, mais offrent une protection structurée. Parmi ses réalisations marquantes : le pavillon de la Serpentine Gallery à Londres (2014), le théâtre Bío Bío à Concepción (2018) ou la Maison du poème de l’angle droit (2020), conçue avec la sculptrice Marcela Correa face à la cordillère des Andes.
Alejandro Aravena le résume : Radić Clarke « revient aux fondamentaux irréductibles de l’architecture » avec une « originalité radicale ». Une distinction qui confirme le rayonnement de la scène architecturale chilienne sur l’échiquier mondial.
Promoteurs et associations autour de la même table | Le pari strasbourgeois d’Archipel 2
À Strasbourg, la phase 2 du quartier Archipel (71 160 m², dont 67 % de logements) a servi de laboratoire pour une procédure d’attribution foncière peu commune. En 2022, la Ville a lancé un appel à manifestation d’intérêt (AMI) qui a sélectionné simultanément les promoteurs et les futurs utilisateurs des 16 600 m² répartis en quatre lots.
Le dispositif a mobilisé 26 candidats maîtres d’ouvrage et 22 occupants potentiels, réunis lors de dix ateliers en 2023 sur le modèle du speed dating. Objectif : former des binômes promoteur-utilisateur, puis affecter chaque tandem à un lot précis. Associations, acteurs de l’ESS et professionnels de l’immobilier ont ainsi dû coconstruire les programmes.
Les lauréats — Linkcity, Bouygues Immobilier, Weller/Lux et Promogim — saluent une démarche « enrichissante », mais reconnaissent sa lourdeur. Incertitudes sur les surfaces (15 à 20 %), renoncements d’utilisateurs, flexibilité architecturale poussée à l’extrême : les défis ont été nombreux. L’équilibre économique reste tendu malgré des charges foncières réduites (180 €/m²), les coûts de construction intégrant a minima le seuil 2025 de la RE 2020.
Livraisons prévues entre fin 2026 et début 2029. Reste à vérifier si ce modèle séduira acquéreurs et occupants sur la durée.
Bow-windows préfabriqués et pierre de Saint-Maximin | Le pari réussi de Raphaël Gabrion
Dans le XVIIIe arrondissement de Paris, l’agence Raphaël Gabrion livre pour Immobilière 3F un immeuble de 53 logements sociaux en R+8 qui repousse les limites de la préfabrication. Le projet, situé sur la ZAC Chapelle-Charbon, associe structure poteaux-poutres béton, façades en pierre massive de Saint-Maximin, planchers CLT et bow-windows entièrement assemblés en usine par Arbosphère.
Le résultat est là : 40 % de la construction relève du hors-site, ce qui a permis d’économiser six mois de chantier. Trois étages ont été montés chaque semaine. Côté façade, les bow-windows se glissent entre des montants en pierre grâce à des entailles usinées au millimètre. Une prouesse de synthèse pilotée en BIM.
L’ambition environnementale est tout aussi forte. Isolation en laine de bois et coton recyclé, briques de terre crue, réemploi de portes et sanitaires : le bilan carbone atteint 493 kg éq. CO₂/m², sous le seuil 2028 de la RE 2020. Le projet décroche les labels BBCA, HQE Excellent et Effinergie niveau 2, pour un budget de 12,5 M€ HT. Premier lot livré début 2027, il donne le ton des six immeubles à venir sur la ZAC.
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