Cette semaine, l’actualité des ingénieurs s’ouvre sur un cri d’alarme : celui de Fabien Renou sur l’essoufflement de l’ingénierie publique, entre CAUE exsangues et Cerema en difficulté. Au programme également : Isabelle Kocher de Leyritz prend la présidence d’Egis pour accélérer son expansion mondiale, un chantier hors norme de stockage d’électricité par batteries à Annet-sur-Marne, et l’ambition affichée d’Artelia, qui vise 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2030.
Ingénieurs 35

CAUE, Cerema, GIP Epau | L’ingénierie publique à bout de souffle

Dans son édito du 3 août 2026 pour *Le Moniteur*, intitulé « Les ingénieurs du KO », Fabien Renou, rédacteur en chef, tire la sonnette d’alarme sur l’état de l’ingénierie publique française.

Le constat qu’il dresse est sombre. Le GIP Epau a disparu d’un trait de plume lors d’une réunion interministérielle. Le Cerema, de son côté, frôle la cessation de paiements. Quant aux CAUE, créés par la loi sur l’architecture de 1977 et présents dans la quasi-totalité des départements, ils s’éteignent un à un, faute de moyens.

Pour Fabien Renou, cette érosion budgétaire fragilise un maillon essentiel : le conseil aux petites collectivités, dotées de larges compétences légales, mais souvent démunies sur le plan technique. Le journaliste reconnaît les savoir-faire de l’ingénierie privée, mais rappelle qu’elle ne remplace jamais l’accompagnement public, gratuit et indépendant.

Il pointe un paradoxe : alors que les enjeux climatiques et la revitalisation des centres-bourgs ont besoin de réponses éclairées, « les coups de rabot budgétaires finissent par avoir raison du partage de savoirs ». Une phrase qui résume, à elle seule, l’ensemble de son propos.

Egis change de présidence pour accélérer son expansion mondiale

Le groupe d’ingénierie Egis renouvelle sa gouvernance. Isabelle Kocher de Leyritz prend la présidence du conseil d’administration. Elle succède à Paul-Marie Chavanne, en poste depuis septembre 2020. Administratrice d’Egis depuis 2022, l’ancienne directrice générale d’Engie collaborera étroitement avec Laurent Germain, directeur général du groupe.

Cette nomination s’inscrit dans une phase décisive. Egis déploie son plan stratégique « Impact The Future ». L’objectif est ambitieux : atteindre 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2029 et rejoindre le top 10 mondial de l’ingénierie de la construction.

Le mandat de Paul-Marie Chavanne a marqué un tournant. Il a vu l’entrée de Tikehau Capital au capital en janvier 2022, aux côtés de la Caisse des Dépôts. Depuis 2020, le groupe a fortement accéléré son développement international.

Aujourd’hui, Egis réunit 23 500 collaborateurs et opère dans plus de 70 pays. Ses domaines couvrent l’architecture, le conseil, l’ingénierie, l’exploitation et la mobilité. La nouvelle présidente entend concentrer son action sur les enjeux climatiques et urbains, en continuité avec la feuille de route existante.

Stocker l’électricité renouvelable | Leçons d’un chantier hors norme

À Annet-sur-Marne, sur une emprise de 5 000 m², les équipes d’Omexom Conversion & Storage (Vinci Energies) construisent un site de stockage d’électricité par batteries pour le compte d’Akuo Energy. Lancé en octobre 2025, le chantier a exigé plusieurs prouesses techniques.

Première étape : préparer un sol capable de supporter six conteneurs de quarante tonnes chacun. Traitement à la chaux sur 40 cm, pose d’un géotextile, puis massifs en béton C30/C37 à haute résistance à l’écrasement. Un réseau de conducteurs en cuivre, tracé au centimètre près, évacue les courants de court-circuit. À puissance égale, un tel système reste 40 fois plus dense qu’un champ photovoltaïque.

La gestion du risque incendie mobilise détecteurs, gaz inerte et rideau d’eau alimenté par une citerne de 120 m³. Livrés par HiThium, les conteneurs stockent 5 MWh chacun. Trois transformateurs de 6,4 MVA élèvent la tension de 1 500 à 20 000 V pour le réseau Enedis.

La mise en service progressive s’étalera jusqu’à fin 2026. En France, 600 MW de stockage sont déjà certifiés pour 2026-2027.

Croissance externe | Artelia veut atteindre 2 Md€ de chiffre d’affaires

Le groupe d’ingénierie Artelia vient d’acquérir la société portugaise Sopsec, forte de plus de 150 collaborateurs répartis entre Porto et Lisbonne. Cette opération consolide l’implantation du groupe dans la péninsule ibérique, où il ne comptait jusqu’ici qu’une centaine de salariés en Espagne.

Selon Benoît Clocheret, président exécutif, ce choix s’inscrit dans une réflexion stratégique. En 2025, Artelia a réalisé 1,355 Md€ de chiffre d’affaires, en hausse de 17 %. L’international pèse déjà 60 % de l’activité, dont plus de la moitié en Europe.

Le groupe vise désormais 2 Md€ de chiffre d’affaires en 2030, soit 10 % de croissance annuelle. La répartition cible s’établit à 70 % à l’international contre 30 % en France. Sopsec offre aussi un tremplin vers l’Amérique latine hispanophone et lusophone.

Pour soutenir cette ambition, Artelia s’appuie sur six business units et cinq métiers phares : mobilité, eau, énergie, bâtiment et industrie. La France reste le pôle d’expertise de référence. Malgré un contexte géopolitique tendu, le groupe table sur une croissance proche de 5 % en fin d’année.

Sur le même sujet