Prudence d’un côté, ambition de l’autre. Alors que le recrutement des ingénieurs du BTP se restreint, l’ESTP affiche de grandes ambitions pour sa recherche, Strucmédica fait entrer l’IA dans le diagnostic du béton et Edeis entend regagner des parts de marché avec Christophe Lac. Décryptage de l’actualité des ingénieurs cette semaine.
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L’actualité des concepteurs : Ingénieurs n° 37
Paragraphes principaux

Ingénieurs du BTP | Un marché plus sélectif, des profils toujours convoités

Sans s’effondrer, le marché de l’emploi des ingénieurs du BTP se resserre, sans s’effondrer. Selon l’Apec, les offres destinées aux cadres de la construction ont chuté de 19 % entre septembre 2024 et août 2025, avant un léger rebond de 3 % sur un an.

Les recruteurs trient désormais leurs besoins. Chez Hays, l’ingénieur travaux avec quatre à sept ans d’expérience en réhabilitation arrive en tête des demandes. Le BIM manager et l’ingénieur méthodes séduisent moins. La transition écologique dessine d’autres priorités : ingénieurs bas carbone, spécialistes de l’hydrologie ou de l’efficacité énergétique chez Verticalsea et Demathieu Bard. Ingérop cible de son côté les chargés d’affaires dans l’énergie et le nucléaire.

Les jeunes diplômés paient la prudence ambiante. Razel-Bec intégrera une trentaine d’ingénieurs en sortie d’école en 2026, contre une soixantaine habituellement. Leurs salaires d’embauche restent toutefois stables. Chez Verticalsea, une dizaine de contrats seulement ont été transformés en CDI, contre 21 l’an passé.

Les profils confirmés gardent la main. Entre six et dix ans d’expérience, ils scrutent rémunération, épargne salariale, forfait mobilité et télétravail. Certaines régions, comme le Grand Est, subissent en outre la concurrence de la Suisse et de l’Allemagne.

L’ESTP restructure sa recherche et mise sur cinq axes stratégiques

L’ESTP engage une transformation majeure de son organisation scientifique. L’école d’ingénieurs confie la direction de son Institut de recherche de la construction (IRC) à Julien Gardan. Ce docteur en mécanique, spécialiste de la fabrication additive, a rejoint l’établissement en 2024 après un parcours à l’EPF et dans l’industrie.

La nouvelle feuille de route s’articule autour de cinq axes scientifiques. L’objectif : décloisonner les disciplines pour répondre aux défis de la décarbonation, de l’adaptation climatique et de la transition numérique. Les thématiques retenues couvrent la construction durable, les technologies innovantes, la transition énergétique du bâtiment, la résilience des infrastructures et le génie civil écologique.

L’école affiche une ambition claire en matière de moyens humains. L’IRC comptepasser de 46 chercheurs aujourd’hui 46 chercheurs. L’établissement viseà 70 /à 80 enseignants-chercheurs d’ici 2035. Des animateurs d’axe renforceront les équipes dès la fin de l’année.

Forte de 135 ans d’histoire, l’ESTP accueille près de 3 200 étudiants et diplôme chaque année 700 ingénieurs. Ses six campus accompagnent désormais les transitions écologique, numérique et industrielle du secteur.

Génie civil | Comment l’IA ausculte la santé des structures en béton

Surnommé le « stéthoscope du béton », un boîtier de 10 cm de diamètre vient bousculer le diagnostic des ouvrages d’art. Développée par la start-up Strucmédica, cette technologie analyse les structures pour détecter anomalies et aspérités. Un logiciel couplé à l’intelligence artificielle génère ensuite un rapport sur l’état actuel et l’évolution prévisible de l’ouvrage, avec recommandations de maintenance.

À l’origine de l’innovation : Ouijdane Qacani, ingénieure en génie civil issue de l’École des Ponts, dont la propriété intellectuelle est partagée avec Holcim. Sa méthode non invasive contraste avec le carottage traditionnel. Pour un grand pont, trois heures suffisent à cartographier les pathologies : infiltrations de chlorures, fissures ou décarbonatation.

La solution séduit gestionnaires d’infrastructures et bureaux d’études. La fin prochaine de nombreuses concessions autoroutières ouvre un marché prometteur pour les futurs exploitants. En un an, Strucmédica a diagnostiqué le Pont de Normandie, Tancarville, les ports de La Rochelle et Bayonne, ainsi que la ligne 18 du Grand Paris Express.

La start-up envisage aussi d’installer ses boîtiers en permanence, à la manière des détecteurs de feu, pour un suivi en temps réel.

Christophe Lac prend les rênes de la direction générale déléguée d’Edeis

Edeis ingénierie vient de nommer Christophe Lac au poste de directeur général délégué. Fort de plus de trente ans d’expérience dans l’ingénierie du bâtiment et des infrastructures, ce professionnel reconnu agira sous l’autorité d’Albert Selosse.

Sa mission s’articule autour de plusieurs axes. Il pilotera les régions et l’activité Conseil, hors opérations clés en main. Il devra aussi développer les activités du groupe en France et à l’export.

Cette nomination fait suite à une rencontre entre les deux dirigeants fin 2025. L’objectif affiché reste clair : consolider les activités historiques et regagner des parts de marché dans les infrastructures territoriales.

Présent depuis 2016, Edeis accompagne collectivités et grand public. Le groupe compte 19 agences d’ingénierie. Il exploite également 22 aéroports et 5 ports en métropole et outre-mer.

Ses expertises couvrent le conseil, la maîtrise d’œuvre, la conception, la construction et la réhabilitation d’ouvrages. Le groupe assure aussi l’exploitation et la maintenance de services publics.

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