Cette semaine, les architectes ont les mains dans la terre et les yeux rivés sur le paysage. En Îlle-et-Vilaine, on empile des blocs de terre crue pour loger des familles. À Lille, on déconstruit un « quart de rond » pour mieux faire respirer une tour des années 1950. En Alsace, on s’apprête à parcourir l’architecture à vélo et en canoë. Et pour tenir le cap, la Compagnie des Architecteurs renouvelle sa gouvernance.
Architectes n°41

Nouvelle gouvernance pour la Compagnie des Architecteurs

Le conseil d’administration a élu, à l’unanimité, Vincent Gasnier au poste de président-directeur général de la Compagnie et de la Holding Les Architecteurs. Co-gérant de l’agence Archiplus en Bretagne, il connaît bien la structure pour avoir participé aux travaux du conseil d’administration.

À ses côtés, Jean-François Brodbeck, PDG de Louise Architecteurs en Alsace, devient vice-président. Fort de plusieurs mandats au CNOA et à l’UNSFA, il défend le rôle de l’architecte contractant général au sein du modèle coopératif.

Depuis plus de 40 ans, la coopérative rassemble des architectes contractants généraux qui livrent des projets clé en main, avec des engagements fermes sur les prix et les délais.

Le nouveau mandat s’articule autour de deux priorités :

  • D’abord, la performance et le développement des associés dans les secteurs des particuliers, du tertiaire, de la santé et de l’industrie.
  • Ensuite, l’engagement environnemental via la PermArchitecture, une approche inspirée des écosystèmes naturels pour bâtir durable et autonome.

Huit administrateurs forment désormais le conseil renouvelé.

Logement collectif | La terre crue recomposée passe à l’échelle industrielle

À Cintré, en Îlle-et-Vilaine, le bailleur social Archipel Habitat lance une opération inédite. Deux programmes de logements sociaux y seront bâtis en terre crue recomposée, selon le procédé Géomur. C’est une première nationale pour du logement collectif, avec un usage en structure porteuse.

Développé par Hylgéo et le Laboratoire CBTP, filiales du groupe breton Pigeon, Géomur combine des blocs alvéolés empilés à sec et des colonnes de terre coulées sur site. Le matériau, issu de coproduits de carrières locales, offre une belle inertie thermique et un vrai confort hygrothermique. Résultat : un indice carbone inférieur d’environ 15 % au seuil réglementaire.

L’atout majeur reste la reproductibilité. La mise en œuvre s’apparente à la maçonnerie classique, ce qui a facilité la consultation des entreprises. Le procédé bénéficie d’une Atex du CSTB, qui autorise le R+2 jusqu’en 2028.

Côté budget, le surcoût demeure contenu : 650 €/m² pour le gros œuvre, contre 530 € en solution conventionnelle. Le coût global atteint 1 947 €/m², soit un niveau comparable aux méthodes traditionnelles. Livraison prévue à l’été 2028.

Lille | Hamonic+Masson réinvente 20 000 m² face à la gare

Le Groupe Duval transforme un symbole du patrimoine lillois. L’ancienne cité administrative, un immeuble brutaliste de 76 m signé Albert Laprade, deviendra une résidence étudiante d’envergure d’ici 2030. Le promoteur a remporté la consultation lancée par la Direction de l’immobilier de l’État pour 6,07 millions d’euros, devant Linkcity.

Dessiné par l’agence Hamonic+Masson & Associés, le projet conserve les façades des années 1950 et la silhouette en « L », mais le « quart de rond » ajouté dans les années 1970 sera déconstruit. Cette opération libère 30 % de surface en pleine terre et crée 3 500 m² d’espaces verts publics, conformément au « Pacte Lille bas carbone ».

Les 20 000 m² restants accueilleront 99 % de logements. Plus de 500 étudiants y résideront, via une structure privée Kley (400 places) et une résidence sociale du Crous (170 places). Les cinq derniers étages abriteront 90 appartements familiaux, dont certains en bail réel solidaire à 2 400 €/m². Un restaurant panoramique couronnera la toiture-terrasse. Tout est déjà commercialisé : Axa acquiert le lot étudiant, Vilogia les appartements.

Le paysage au cœur des Journées de l’architecture du Rhin supérieur 2026

Soutenue par la MAF, la 26e édition des Journées de l’architecture du Rhin supérieur réunira la France, l’Allemagne et la Suisse du 1er au 25 octobre 2026 autour d’un thème fédérateur : « Architecture et paysage ». Avec 181 manifestations, un record historique, l’événement s’étendra sur 50 villes d’Alsace, du Pays de Bade et de l’agglomération de Bâle.

L’organisatrice, la Maison européenne de l’architecture Rhin supérieur, souhaite illustrer la place grandissante de l’environnement dans la conception du bâti. Selon sa directrice, Nathalie Charvet, le paysage refaçonne le cadre de vie et redéfinit notre rapport au vivant, notamment face au changement climatique.

Quatre grands conférenciers ponctueront le programme : Maud Caubet, le Norvégien Reiulf Ramstad, l’agence suisse RWPA et l’Allemand Gustav Düsing. La Fédération française du paysage rejoint l’événement avec quatre rendez-vous dédiés, dont la « ville éponge » et l’aménagement des cours d’école.

L’édition se décline en cinq sous-thèmes, des territoires résilients à l’exploration sensible. Visites, expositions, parcours à vélo et en canoë complètent une programmation qui valorise l’interaction entre le bâti et son environnement.

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