D’un côté, des forêts calcinées qu’il faut repenser. De l’autre, une place goudronnée qui redevient jardin. Entre les deux, deux grands groupes qui renforcent leur présence dans le paysage. Cette semaine, l’actualité des paysagistes oscille entre urgence climatique, renaturation urbaine et stratégies de croissance.
Paysagistes n° 37

Renaturation | Colas étoffe son offre dans l'Ouest

Le groupe Colas franchit une nouvelle étape dans sa stratégie d'expansion. Le 30 septembre, l'entreprise a officialisé le rachat de Golfe Bois Création, société familiale du Morbihan active depuis près de quatorze ans.

Cette acquisition s'inscrit dans une démarche de croissance externe lancée voici deux ans. L'objectif : répondre à la hausse des appels d'offres portés par les collectivités. Celles-ci cherchent à végétaliser leurs territoires, lutter contre les îlots de chaleur et améliorer le cadre de vie.

Golfe Bois Création emploie 38 collaborateurs et a généré 8,3 M€ de chiffre d'affaires en 2025. Son savoir-faire couvre la création d'espaces verts, les clôtures, le génie écologique et les ouvrages bois : platelages, passerelles, mobilier urbain.

Pour Colas, l'opération renforce les agences de Vannes et Lorient. Elle consolide aussi son maillage dans l'Ouest, de Quimper au nord de la Vendée. Le groupe mise sur des synergies commerciales, la mutualisation des moyens d'études et d'achats, ainsi que des complémentarités avec le réseau Valormat pour valoriser terres, bois et déchets verts.

Nouvelle-Aquitaine | Les paysagistes réinventent le territoire face au feu

Après les incendies de l'été, dont celui de Saumos en Gironde éteint le 28 septembre, les collectivités de Nouvelle-Aquitaine travaillent sur deux fronts. L'urgence de la reconstruction d'abord, puis l'adaptation durable du territoire. La région, dotée de compétences clés, copilote avec l'État un groupe de travail Forêt réunissant collectivités, CAUE, scientifiques et filière bois.

Les paysagistes revendiquent leur expertise dans cette transformation. Ils plaident pour une approche multiscalaire et un rôle de médiateur entre les acteurs, notamment grâce aux outils cartographiques et aux master plans. L'idée centrale : créer des interfaces entre forêts et habitations, couplées à des pares-feux pouvant atteindre 200 mètres.

La question des obligations légales de débroussaillement (OLD) reste épineuse, faute de moyens et de mise en œuvre collective. Côté sylviculture, l'économie du massif repose à 80 % sur le pin maritime. La diversification des essences interroge le modèle économique forestier.

Lancé en septembre 2026 avec 210 000 euros de subvention européenne, le projet Néo Adapt vise des plans de résilience climatique d'ici fin 2027. L'enjeu : transformer les rapports en actions concrètes.

BRLEN change de mains | Une opération stratégique face au défi climatique

Spie Batignolles poursuit son expansion dans le sud de la France. Après l'acquisition de Braja-Vésigné en septembre, sa branche paysage s'empare de 66 % des parts de BRL Espaces naturels (BRLEN), filiale du groupe nîmois BRL, acteur historique de l'eau depuis cinquante ans.

Cette opération répond à une double logique. BRL souhaite recentrer ses investissements sur l'aménagement hydraulique, son cœur de métier, face aux enjeux climatiques. Le groupe conserve 34 % du capital durant trois ans pour accompagner la transition.

Pour Spie Batignolles Paysage, ce rapprochement consolide sa présence régionale, déjà assurée par Les Pépinières du Languedoc et Les Jardins d'Alizée. L'entreprise récupère 40 hectares de pépinières et une expertise précieuse des paysages méditerranéens.

Bruno Miara, directeur général de BRLEN, dirigera la huitième direction régionale du groupe, basée à Mauguio. Créée en 2019, cette entité vise 100 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2027. Avec l'intégration des équipes de BRLEN (10 millions d'euros de CA), les effectifs passent de 650 à 750 salariés.

À Lille, la place du Maréchal-Leclerc troque l'asphalte pour la nature

Dans le quartier Vauban à Lille, la place du Maréchal-Leclerc vient d'achever sa transformation. Longtemps dédié au passage des bus et des voitures, cet espace de 17 400 m² a été entièrement repensé de façade à façade. Le cœur de la place, autrefois saturé par la circulation, s'est mué en un véritable jardin.

Pilotée par la paysagiste Emma Blanc, l'opération représente un investissement de 5,25 M€ HT, financé par la Ville et la Métropole européenne de Lille. Inauguré en juillet dernier, le nouveau parc met en valeur les grands platanes historiques du site tout en préservant leur emprise racinaire.

Le sol a été modelé pour respecter la manière dont les arbres s'étaient approprié le terrain au fil des décennies. Cette topographie dialogue avec un mobilier sur mesure d'un rouge vif assumé.

L'agence d'architecture Tandem + signe deux éléments phares, eux aussi écarlates : un kiosque et une vigie. Cette dernière offre aux promeneurs la possibilité de s'approcher du houppier des platanes.