On regarde toujours les arbres. Cette semaine, l’actualité des paysagistes s’intéresse à ce qu’il y a dessous. Des terres de chantier fertilisées à Nantes aux puits perdus creusés sous les allées du jardin botanique lyonnais, en passant par la continuité de biomasse qu’analyse Soazig Darnay et par les sols chargés d’histoire des Jardins de la paix.
Paysagistes n° 35

Les Jardins de la paix | Consécration européenne pour les Hauts-de-France

Le programme paysager « Les Jardins de la paix » vient de décrocher le Prix du patrimoine de la Commission européenne, dans la catégorie engagement et sensibilisation des citoyens. Une distinction remise fin mai, qui fait de ce projet le seul lauréat français parmi la trentaine récompensés à l’échelle continentale.

Porté par l’association Art et jardins Hauts-de-France, dirigée par Gilbert Fillinger, le programme a vu le jour en 2018. Il rassemble aujourd’hui 33 jardins, créés ou en cours de réalisation, dont une vingtaine implantés dans la région. Tous s’inscrivent le long de l’ancienne ligne de front de la Première Guerre mondiale, en France comme en Belgique.

La démarche mobilise des paysagistes venus de 24 pays autrefois ennemis. Chaque aménagement traduit un message de paix, de dialogue et de transmission. Ces espaces ouverts au public séduisent près de 170 000 visiteurs chaque année. À l’horizon 2027, ils seront 40 et dessineront un véritable chemin de la paix. Parmi eux, le jardin franco-britannique de Flesquières, dans le Nord, baptisé « Do not take peace for granted ».

Comment l’île de Nantes teste ses parcs face aux extrêmes climatiques

Sur la pointe sud-ouest de l’île de Nantes, les jardins de l’Estuaire et du Rail transforment une ancienne friche ferroviaire en ruban vert de près de dix hectares sur deux kilomètres. Fait rare, les paysagistes ont livré les espaces publics avant les constructions, à la demande des élus. Une conception pensée « par le vide », qui définit largeurs et continuités indépendamment du futur bâti.

Le vrai pari se joue sous terre. Dès 2021, la Samoa, l’Atelier Jacqueline Osty et Sol Paysage ont testé la fertilisation des terres de chantier. Le sable dragué de la Loire, mêlé aux limons et au compost, remplace les terres végétales importées. Objectif : reconstituer 100 000 m³ de sol, soit 70 % des besoins, tout en réduisant l’empreinte carbone.

Côté plantations, l’équipe mise sur la diversité : 950 arbres et arbustes, essences ligériennes et urbaines résistantes à la sécheresse. Premier test réussi lors de la canicule survenue après les dernières plantations. La méthode se poursuit désormais avec le futur parc de dix hectares prévu pour 2030.

Repenser la gestion des paysages face aux incendies

Face à l’intensification des incendies en France et en Espagne, la paysagiste Soazig Darnay, formée à l’école de Versailles et collaboratrice du Centre des sciences et technologies forestières de Catalogne, appelle à changer radicalement d’approche.

Selon elle, nous atteignons un point de bascule : les méthodes militaires et ultra-technologiques deviennent impuissantes face aux catastrophes climatiques. Son constat s’appuie sur son expérience en Catalogne, où la sécheresse extrême du début des années 2020 a mis en échec toutes les méthodes traditionnelles.

Sa solution ? Agir sur la continuité de biomasse. Les monocultures étendues sur des centaines d’hectares, comme les champs céréaliers, amplifient les risques. L’uniformité constitue le vrai danger. Il faut créer un paysage mosaïque, où le passage d’un bois à une prairie rompt le régime du feu.

Soazig Darnay défend le maintien de paysages ruraux vivants plutôt que la création de zones fermées, comparables aux territoires embrasés du Canada ou de Californie. Elle plaide enfin pour une gestion transversale, décloisonnée, et pour une médiation paysagère intégrant tous les acteurs du territoire.

À Lyon, le jardin botanique renoue avec le dessin des frères Bühler

À Lyon, l’École de botanique du parc de la Tête-d’Or (sixième arrondissement) a de nouveau ouvert ses portes au public. Située au cœur du jardin botanique, elle vient de bénéficier d’une importante campagne de travaux. Chiffrée à 550 000 euros, l’opération a été menée en régie directe par les services de la Ville. L’objectif principal : restituer le tracé imaginé par les frères Bühler en 1857.

Deux parcours structurent désormais le site. Le premier, dit « secteur systémique », présente une classification scientifique des plantes. Il s’organise autour de massifs et de placettes rondes qui marquent les transitions entre les végétaux. Le second, baptisé « ethnobotanique », explore l’usage historique des plantes à Lyon. Il couvre la médecine humaine et vétérinaire, l’agronomie, le textile et la gastronomie.

Le chantier a également intégré une dimension environnementale. Les équipes ont repensé la gestion des eaux pluviales dans les allées. Des tranchées et des puits perdus ont été creusés pour favoriser l’infiltration.

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