Résister est le maître mot de la semaine consacrée à l’actualité des architectes. Au retrait-gonflement des argiles et aux crues, à Saint-Max, où 180 colonnes ballastées descendent à 30 mètres. Aux atteintes au titre protégé, que le Cnoa continue de traquer dans son rapport 2025. À l’effacement, avec l’exposition de Sara Alqataa dédiée à l’architecte Ahmed Shamia. À l’inertie, enfin, celle qui freine depuis dix ans le permis d’innover, prolongé jusqu’en 2035.
L’actualité des concepteurs : Architectes n°39

Saint-Max | Une école conçue pour affronter le changement climatique

À Saint-Max (Meurthe-et-Moselle), la municipalité remplace une école Pailleron énergivore et fissurée par un équipement de 1 665 m² pensé pour le climat de demain. Signé par l’agence d’architecture Maddalon-Piquemil, le projet à 5,6 M€ HT s’implante dans l’ancienne cour bitumée, à seulement 2,50 m du bâtiment existant voué à la déconstruction.

Le sol argileux et la zone inondable ont dicté des choix techniques précis. Face au risque de retrait-gonflement, 180 colonnes ballastées de 60 cm de diamètre descendent à 30 m de profondeur. La faible perméabilité du terrain (moins de 0,36 mm/h) a imposé 280 m³ de rétention hydraulique, réalisés avec des cylindres creux en béton Hydrocyl (60 % de vide contre 30 % pour un concassé classique).

Le bâtiment est rehaussé de 30 à 130 cm, calé sur la cote de crue grâce à une dérogation préfectorale limitant le surcoût à 300 000 euros. La structure associe prémurs béton isolés en polyuréthane et charpente CLT de 166 m². Résultat : un Bbio de 52 pour un seuil maximal de 81,6.

Rapport d’activité 2025 du Cnoa | Les chantiers prioritaires de l’Ordre dévoilés

Le Conseil national de l’Ordre des architectes (Cnoa) publie son rapport d’activité 2025, un document de 68 pages structuré en six volets. L’institution y détaille son fonctionnement, son budget, ainsi que ses dispositifs de solidarité envers les professionnels.

Le rapport revient sur les actions menées au service des architectes et maîtres d’ouvrage : évolution du Tableau, contrôle de la profession et accompagnement juridique. Les praticiens noteront les améliorations ergonomiques du Tableau et la simplification des démarches en ligne. Mais aussi l’accompagnement juridique renforcé, notamment en Outre-mer, avec de nouveaux outils : contrathèque, guides et webinaires mensuels.

Parmi les combats prioritaires, la lutte contre l’usurpation du titre protégé d’architecte se poursuit, y compris auprès des médias qui utilisent abusivement l’appellation. L’Ordre veillera aussi au respect du code de déontologie, récemment modernisé par le décret n° 2026-568 du 26 juin 2026. Le Cnoa s’implique en complément dans la culture architecturale et soutient la FNCAUE face aux difficultés des CAUE.

Sara Alqataa | Mémoire d’une architecture effacée à Gaza

Arrivée en France en juin 2025 avec pour seuls bagages son passeport et son téléphone, la designer gazaouie Sara Alqataa présente cet été à l’ENSA Paris-Val-de-Seine une exposition dédiée à l’œuvre de son mari, l’architecte Ahmed Shamia, décédé le 13 mai 2025 des suites d’un bombardement. La présentation sera reprise à Paris-Est à l’automne lors des Journées nationales de l’Architecture.

Accueillie conjointement par les deux écoles pour un contrat de deux ans, la jeune femme bénéficie du Programme national d’accueil en urgence des scientifiques et artistes en exil (Pause), porté par le Collège de France depuis 2017. Fondateur en 2016 de l’agence Art House, Ahmed Shamia avait mené plus de 1000 projets à Gaza, en Égypte, en Turquie et en Bosnie-Herzégovine. Musée archéologique, poste-frontière de Rafah, tour Al-Rou’ya : la plupart ont été détruits.

Grâce à un disque dur sauvegardé et à un documentariste britannique, Sara Alqataa a reconstitué maquettes, dessins et portraits. Le programme Pause reste toutefois suspendu pour Gaza : 33 lauréats, dont son frère, attendent leur évacuation.

Permis d’innover | Bilan mitigé pour un dispositif sous-exploité

Instauré par la loi LCAP du 7 juillet 2016, le permis d’innover fête ses dix ans avec un bilan modeste. Ce dispositif, qui autorise dans les OIN (opérations d’intérêt national), GOU (grandes opérations d’urbanisme) et ORT (opérations de revitalisation du territoire) à substituer des obligations de résultats aux prescriptions de moyens, demeure peu mobilisé par les maîtres d’ouvrage.

L’appel à manifestation d’intérêt lancé en 2017-2018 par les EPA Bordeaux Euratlantique, Euroméditerranée et Grand Paris Aménagement avait pourtant sélectionné huit projets sur 37 candidatures. Parmi les rares concrétisations : le programme Hub Archi livré à Évry-Courcouronnes en 2025, le projet Phyte'Up de réutilisation des eaux grises, ou encore le bâtiment sans affectation Tebio à Bordeaux, dont les travaux ne débuteront qu’en 2027 après une liquidation judiciaire.

Le rapport parlementaire d’évaluation de la loi Elan pointe des « résultats décevants ». Le Cerema identifie trois freins majeurs : l’incertitude sur la responsabilité juridique en cas de sinistre, la complexité procédurale et l’allongement des délais d’instruction. Le Sénat a néanmoins adopté en juin un amendement prolongeant l’expérimentation jusqu’en 2035, laissant aux acteurs le temps de s’approprier cet outil dérogatoire.

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