Cette semaine, retour sur quatre actualités qui posent chacune, à leur façon, la question de la pérennité : un nouvel espace pédagogique à la Villette pensé pour résister au temps, une stratégie arborée qui a mis dix ans à porter ses fruits à Lens, un projet de réutilisation des eaux usées traitées à Cagnes-sur-Mer pour irriguer sans épuiser, et des communes qui font de l’entretien non plus une contrainte, mais un véritable levier d’investissement au service du vivant.
Paysagiste

La Villette se réinvente | Un havre champêtre au cœur de Paris

Le parc de la Villette vient de franchir un cap. Depuis le 28 mars, un nouvel espace paysager de 10 000 m² accueille le public, porté par la ferme pédagogique et les Jardins passagers, qui s’étendent désormais sur 1,5 hectare.

Longtemps occupé par des baraquements administratifs provisoires, le site a été reconfiguré par le paysagiste Merci Raymond (mandataire), associé à l’agence d’architecture Bond Society. Le projet assume une rupture nette avec le vocabulaire de Bernard Tschumi : ici, pas de Folies rouges, mais des enclos en ganivelles, des chemins simples et un patrimoine arboré préservé — saules et bouleaux rescapés des anciens préfabriqués.

Le plan s’appuie sur une « gradation de l’anthropisation ». La bordure de la darse, sanctuaire aviaire, reste fermée au public. La ferme et ses ateliers constituent le cœur actif, tandis qu’une grande allée pavée structure la circulation nord-sud.

Le chantier a permis de désimperméabiliser 3 500 m² et d’apporter 800 m³ de terre végétale. Côté bâti, la halle de Rouvray (1914), réhabilitée par Carrière Didier Gazeau, accueille deux pavillons démontables en ossature bois de 50 m² chacun, chauffés, qui garantissent un fonctionnement annuel des ateliers pédagogiques. Coût total : 1,5 M€ HT.

Lens double son patrimoine arboré grâce à une stratégie paysagère au long cours

L’implantation du Louvre-Lens en 2012 a servi de catalyseur à un ambitieux programme de transformation paysagère piloté par la communauté d’agglomération Lens-Liévin. Dès 2010, l’équipe du paysagiste Michel Desvigne, associée à Christian de Portzamparc et Inessa Hansch, a posé les bases d’un plan directeur fondé sur un réseau de cordons boisés — des cheminements densément plantés, parfois tracés sur d’anciens cavaliers miniers.

Les résultats sont éloquents : sur la seule commune de Lens, la surface végétalisée est passée de 127 à 143 hectares entre 2011 et 2021, soit 16 hectares supplémentaires, dont 80 % liés au projet. Le parc arboré a plus que doublé : de 26 847 à 55 380 arbres.

Pour maîtriser les coûts d’entretien dans un territoire économiquement fragile, la ville a adopté une gestion différenciée. Choix d’essences régionales, fleurissement durable avec vivaces et bulbes, recours au paillage et aux couvre-sols : autant de leviers qui ont permis de réduire le coût d’entretien de 2,55 à 2,45 €/m²/an, à effectifs constants. La municipalité, récemment réélue, projette désormais des îlots de fraîcheur et des cours oasis pour prolonger cette dynamique verte.

Reut et hippodromes | Cagnes-sur-Mer ouvre la voie pour 230 sites en France

L’hippodrome de Cagnes-sur-Mer, qui accueille 300 000 visiteurs et jusqu’à 1 000 chevaux chaque hiver, s’apprête à basculer vers la réutilisation des eaux usées traitées (Reut) pour son arrosage. Un projet rendu possible par l’arrêté du 14 décembre 2023 sur l’usage des eaux traitées pour les espaces verts.

Régulièrement touché par les arrêtés sécheresse, le site de 60 hectares a déjà réduit sa consommation de 250 000 à 130 000 m³ par an. L’objectif : substituer 50 000 m³ d’eau prélevée dans le Loup, fleuve côtier classé déficitaire, par de l’eau de Reut en période d’étiage.

Techniquement, une canalisation de 1,1 km sera raccordée à l’émissaire de la station d’épuration communale. Un triple dispositif de désinfection — peroxyde d’hydrogène, UV avec préfiltration à 20 microns et traitement chimique — permettra d’atteindre une eau de classe A, voire A+, indispensable compte tenu de la sensibilité des chevaux aux nématodes.

Chiffré à 717 000 euros HT et soutenu à hauteur de 319 000 euros par l’Agence de l’eau, le chantier s’achèvera en juin pour une mise en service début 2027. Ce projet pilote a vocation à servir de référence pour les 230 hippodromes français.

Végétalisation urbaine | Quand l’entretien devient le vrai défi des collectivités

Les collectivités françaises verdissent à marche forcée — 60 ha créés à Strasbourg, 150 à Toulouse, 8 040 arbres plantés à Lomme — mais l’addition de l’entretien s’alourdit dangereusement. En 2023, les dépenses espaces verts des communes ont atteint 3,3 milliards d’euros, soit 80 € par habitant en moyenne. Et 58,6 % des élus désignent les contraintes budgétaires comme premier frein au verdissement.

Face à cette pression, les villes réinventent leurs méthodes. Lyon impose un ratio de 4 €/m²/an et exige l’association des services dès la conception. Toulouse projette la maintenance sur dix ans avant de valider un projet. Antibes a troqué les jardins horticoles contre des aménagements méditerranéens qui ne nécessitent que deux tailles annuelles.

L’optimisation opérationnelle passe aussi par la logistique : magasins de proximité, vélos-cargos, irrigation connectée. Antibes a divisé par deux sa consommation d’eau, économisant 140 000 m³ par an grâce au goutte-à-goutte et à la réutilisation des eaux usées traitées.

Le paradigme évolue : le végétal n’est plus une charge, mais un investissement dont la valeur croît avec le temps. Chaque euro investi générerait jusqu’à 0,80 € de bénéfices sanitaires et environnementaux.