ENTRETIEN AVEC LARA LAUGAR,
CHEF DE PROJET ÉNERGIE ET ENVIRONNEMENT CHEZ SÉNOVA
(bureau d’études thermiques et fluides en neuf et TCE en rénovation, spécialiste du logement)
mafassurances

MAF Informations : Comment se situe le label E+C- par rapport aux exigences de la RT 2012 ?

Lara Laugar : Dans l’actuelle expérimentation E+C-, qui sert de base de travail à la future réglementation environnementale (RE 2020), les niveaux E1 et E2 correspondent respectivement à la RT 2012 - 5 % et - 10 %. De la même manière, E3 équivaut à la RT 2012 - 20 % avec en plus une production d’énergie à demeure correspondant à au moins 20 kWh/m²/an. Enfin, E4 correspond à un bâtiment à énergie positive qui consomme moins qu’il ne produit, en incluant les équipements ménagers.

 

Et que représentent les niveaux C1 et C2 du label E+C- ?

Il n’y a pas d’antécédent réglementaire pour le carbone. C1 permet, par exemple, de construire une structure béton. C2 divise par deux les émissions de carbone par rapport à C1 et impose de construire en bois. L’utilisation de béton de ciment artificiel et les isolants en laine minérale sont exclus, et les isolants biosourcés fortement favorisés.

 

À quels niveaux devraient se situer les futurs seuils de performance de la RE 2020 ?

Nous le saurons dans quelques mois, mais il est probable qu’ils se situent aux niveaux de E3 et au moins C1.

 

Quels équipements et matériaux seraient désormais incontournables ?

En matière d’énergie, les constructeurs peuvent s’attendre à la généralisation du photovoltaïque pour atteindre le niveau E3 (production à demeure). C’est aujourd’hui la technologie la mieux maîtrisée et économiquement la plus prometteuse. L’éolien n’est pas adapté au milieu urbain, et la cogénération (électricité + chaleur) n’est pas encore généralisable. Avec la future RE 2020, la consommation issue d’une chaudière bois pourrait bénéficier d’un coefficient de conversion énergie primaire-énergie finale de 0 et donc ne pas compter dans le calcul thermique, ce qui est aujourd’hui le cas dans le cadre de l’expérimentation E+C-.

 

Et en matière de carbone ?

Les matériaux biosourcés présentent les meilleurs atouts. L’isolant en laine de bois dispose en particulier d’un bilan intéressant, car on prend en compte le stockage du C02 du bois. Par ailleurs, la production généralement locale des biosourcés limite considérablement les émissions dues au transport. Le problème est que ces matériaux sont souvent produits par de petits fabricants qui ne disposent pas de données environnementales et sanitaires (FDES2) ou d’avis techniques coûteux à obtenir.

 

Comment, selon vous, sera construit le bâtiment idéal de demain ?

C’est une construction saine qui favorise une forte inertie et un temps de déphasage important, dotée d’une ventilation performante. Autrement dit, le meilleur mix constructif est constitué par exemple d’une enveloppe en laine de bois bien isolante et à fort déphasage, portée par une structure bois et des planchers à chape béton pour l’inertie. Ou avec des murs intérieurs en terre.