Du Potager du Roi aux marais de Mitry-Mory, le paysagisme trace cette semaine un sillon entre histoire et innovation. À Versailles, une école fête son demi-siècle et prépare ses diplômés aux défis de 2030. En Seine-et-Marne, acier et tourbe se sont mesurés pour préserver deux espèces de libellules protégées. À Gonesse, un jardin zen redonne du souffle à l’heure du déjeuner. Trois projets, une même conviction : le paysage est devenu un outil structurant de l’aménagement contemporain.
Paysagistes n° 33

L’ENSP Versailles a 50 ans | Objectif 30 % de diplômés supplémentaires d’ici 2030

L’École nationale supérieure de paysage (ENSP) de Versailles a célébré ses 50 ans ce 23 mai 2026. Née en 1976 sur le site historique du Potager du roi, elle a formé plus de 2 000 paysagistes concepteurs depuis sa création.

Mais l’heure n’est pas qu’aux festivités. L’école affiche un objectif clair : augmenter de 30 % le nombre de ses diplômés d’ici 2030. Un cap ambitieux, porté par une demande qui ne cesse de croître. Adaptation climatique, lutte contre l’artificialisation des sols, préservation de la biodiversité : les collectivités sollicitent massivement ces professionnels pour spatialiser leurs besoins et concilier des enjeux souvent contradictoires.

La loi OSARGA de mars 2025 renforce cette dynamique en poussant les établissements à former davantage dans les métiers du vivant. En réponse, l’ENSP prépare une refonte complète de son cursus. Écologie, outils numériques et dimensions techniques de l’aménagement prendront une place accrue dans les enseignements.

Pour sa directrice, Alexandra Bonnet, le paysagiste d’aujourd’hui ne se limite plus à la conception d’espaces verts. Il compose avec l’existant, valorise les ressources naturelles et culturelles des territoires, et arbitre entre injonctions contradictoires : densifier le bâti tout en freinant l’étalement urbain. Une approche fondée sur la valorisation, non sur la table rase.

Seine-et-Marne | Une passerelle et un belvédère pour respecter l’écosystème

À proximité de Mitry-Mory (Seine-et-Marne), l’espace naturel régional du Moulin des Marais a rouvert au public sa zone humide de 7 000 m² après huit mois de travaux. Île-de-France Nature, maître d’ouvrage et maître d’œuvre, y a fait installer une passerelle piétonne de 42 m et un belvédère métallique de 80 cm de hauteur, le tout pour un coût de 544 000 euros HT.

Le principal défi: intervenir sur un sol tourbeux, gorgé d’eau, sans dégrader un écosystème rare aux portes de Paris. Initialement prévu à l’été 2025, le chantier a été décalé à septembre pour préserver la reproduction de deux espèces de libellules protégées. Une tractopelle de 20 tonnes a été mobilisée, non pour sa puissance, mais pour sa large assise qui répartit les charges sur ce terrain meuble.

Les pieux de soutènement filetés, enfoncés à 12 m de profondeur tous les 2 m, assurent la stabilité des ouvrages. Le tracé de la passerelle longe une ancienne digue artificialisée, ce qui a permis aux engins d’opérer sans altérer la flore ni la faune du sous-sol. Réalisé en acier autopatinable, l’ensemble affiche une durée de vie estimée à cinquante ans.

Val-d’Oise | Une cantine de collège emprunte au Japon son art du cadrage végétal

Au collège Philippe-Auguste de Gonesse (Val-d’Oise), la nouvelle cantine livrée l’an dernier dépasse largement le simple programme fonctionnel. Conçu par l’agence Mars Architectes, cet équipement de 1 126 m² se déploie sur un volume étroit de 55 x 10 m, bardé d’aluminium, le long de la limite est de la parcelle.

Le parti pris est audacieux : offrir aux demi-pensionnaires « un moment à part ». Un cordon végétal de 5 m de large, aménagé par l’agence Lignes sous forme de jardin zen, accompagne l’intégralité du bâtiment. Terre, roches, graviers et arbres composent cet espace vert immédiatement perceptible dès l’entrée dans le self. Le résultat : une immersion sensorielle pour les élèves, loin de l’austérité habituelle des équipements scolaires.

Ce dialogue entre nature et bâtiment est renforcé par une charpente bois à débord de toit incliné, référence directe à la machiya japonaise. Cuisiniers, professeurs et collégiens bénéficient tous de larges ouvertures sur la lumière naturelle et le végétal.
Le coût total de l’opération s’élève à 5,13 M€ HT.

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