Cette semaine, l’actualité des ingénieurs s’arrête sur le forage géothermique de Châtenay-Malabry, le partenariat industriel noué par Builder Assist pour automatiser les travaux de façade, les troisièmes Rencontres de l’ingénierie maritime organisées à Caen et les 66es Journées d’études de l’IHF, qui se sont tenues à Nantes du 17 au 19 juin.
L’actualité des concepteurs

Hauts-de-Seine | Un chantier de forage hors norme

À Châtenay-Malabry, un forage d’une complexité rare vient de s’achever pour alimenter le futur réseau de chaleur de 28 km partagé avec Le Plessis-Robinson. L’objectif : aller puiser les calories de la nappe du Dogger, principal aquifère exploité en Île-de-France.

Sur une emprise de 7 000 m², une foreuse de 43 m, l’une des trois de grande capacité disponibles en France, a creusé deux puits en doublet jusqu’à 1 630 m de profondeur. Chaque puits atteint environ 3 km de longueur grâce à une déviation progressive, verticale sur les 500 premiers mètres, puis inclinée jusqu’à 90° sur le dernier kilomètre. Un drain horizontal de 950 m a été posé dans l’aquifère pour maximiser la surface de contact avec la roche calcaire, peu perméable localement.

Autre innovation : des chemises en fibre composite remplacent l’acier classique pour résister à la corrosion de l’eau géothermale. Le groupe Coriance, exploitant du réseau, prévoit une production de 127 GWh d’ici 2030, soit l’équivalent de 15 000 logements alimentés par une énergie à 88 % renouvelable. L’eau extraite atteint déjà 69 °C depuis la mise en service mi-mai. Six mois de forage continu auront mobilisé jusqu’à 35 personnes.

Builder Assist s’allie à deux géants industriels pour robotiser le BTP

Fondée en juin 2025 à Toulouse par Alban Brisy (ingénieur en robotique) et Jean-Louis Renoux, Builder Assist s’attaque à un angle mort du BTP : l’automatisation des travaux de façade. La start-up a conçu une machine dotée d’une caméra 3D et d’un bras robotisé, pilotable par intelligence artificielle ou à distance par un opérateur humain. Perçage, projection de peinture, finition au rouleau, nettoyage : autant de tâches pénibles et à risque que le robot prend en charge.

L’enjeu est d’abord sanitaire. Chutes en nacelle, troubles musculosquelettiques (TMS), exposition à des substances cancérigènes : les dangers pour les compagnons restent critiques. La réponse technologique repose sur deux partenariats stratégiques : Schneider Electric pour les bras robotiques et Haulotte pour l’intégration sur nacelles élévatrices. Ce qui permet des interventions jusqu’à huit mètres de hauteur.

Les résultats sont déjà tangibles. Builder Assist prévoit plus de 50 000 perçages dans des data centers d’ici fin 2026 et la remise en peinture de 5 000 m² de bardage métallique. L’entreprise vise aussi l’ITE, le ponçage et le curage. Côté business, le chiffre d’affaires 2026 devrait tripler les prévisions initiales. Un signal fort pour la filière.

RIM 2026 | L’ingénierie maritime face au défi climatique

Les troisièmes Rencontres de l’ingénierie maritime (RIM) se sont tenues du 16 au 18 juin 2026 à Builders École d’ingénieurs, près de Caen. Cette édition a réuni environ 500 participants et une trentaine d’exposants autour d’un enjeu central : l’adaptation des infrastructures maritimes et littorales au changement climatique.

Organisée conjointement par le Cerema, la SHF, l’AIPCN, Syntec Ingénierie et Builders, cette manifestation à but non lucratif offre aux ingénieurs un espace d’échange avec les donneurs d’ordre et les chercheurs, une dimension qui manquait jusqu’alors dans le paysage événementiel du secteur.

Point fort de cette édition : un « mini-concours » dédié aux digues verticales complexes, avec la participation d’experts marocains reconnus pour leur maîtrise de ces ouvrages. Le programme couvre la résilience des littoraux, la transition énergétique, la souveraineté maritime et les solutions fondées sur la nature.

Des démonstrations concrètes ont eu lieu, avec notamment le pilote Interreg WaterWarmth à Ouistreham, qui exploite l’énergie thermique marine pour chauffer l’eau sanitaire d’un centre nautique. Un numéro spécial du « Journal of Coastal and Hydraulic Structures » valorisera les travaux présentés.

Journées IHF 2026 | Coup de projecteur sur la profession d’ingénieur hospitalier

Du 17 au 19 juin, Nantes a accueilli les 66es Journées d’études de l’Association des ingénieurs hospitaliers de France (IHF). L’occasion de mettre en lumière une profession méconnue, mais centrale dans tout projet de ce type.

Travaux, biomédical, numérique, logistique : l’ingénieur hospitalier relie l’ensemble des métiers. La profession compte entre 3 000 et 4 000 praticiens en France, dont 400 adhérents à l’IHF, qui fête ses 70 ans.

Première tendance forte : la complexité croissante des opérations place l’ingénieur en chef d’orchestre. À Nantes, l’« hypervision » centralise 200 000 points de mesure pour basculer vers une maintenance prédictive. La logistique s’automatise (robots autonomes, réseaux pneumatiques), et le transport par drone se profile.

La décarbonation s’impose aussi : géothermie, thermofrigopompes et raccordement aux réseaux de chaleur urbains remplacent les chaudières fossiles. Côté architecture, le modèle pavillonnaire revient quand le foncier l’autorise.

Reste un défi majeur : l’attractivité. Avec 70 % de contractuels, le recrutement et la fidélisation peinent, faute de rémunération adaptée. La réponse avancée : coopération territoriale et travail en réseau.

 

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