Des îles aux plaines picardes, en passant par les amphis nantais : cette semaine, les architectes tracent des lignes qui ne ressemblent à aucun plan connu. Santé publique, mémoire patrimoniale et gigawatts. Autant de matériaux bruts pour bâtir, peut-être, une profession en pleine redéfinition d’elle-même.
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« L’architecture est une affaire de santé publique » | La vision d’Eric Lengereau pour l’ENSA Nantes

Eric Lengereau, directeur de l’ENSA Nantes, dresse un bilan offensif de son école sur plusieurs fronts stratégiques. Dix ans après sa création, l’antenne de l’île Maurice reçoit désormais 130 étudiants par an, venus d’Afrique, d’Asie et d’Europe. Ce campus insulaire propose un enseignement « désoccidentalisé », ancré dans les réalités climatiques et multiculturelles de l’océan Indien. En mars dernier, il a d’ailleurs accueilli la première édition des Rencontres internationales de recherche architecturale et urbaine.

Côté gouvernance, l’intégration de l’ENSA au sein de Nantes Université (établissement public expérimental fondé en 2022) ouvre de nouvelles perspectives. Un troisième pilier baptisé « Habiter demain » est en gestation, aux côtés de ceux dédiés à l’industrie et à la santé du futur. Une chaire « Ville & Santé » est également en cours de conception.

La santé des étudiants s’impose comme une priorité concrète : un cabinet médical a été ouvert à l’automne 2025 au sein de l’école. Pour Eric Lengereau, l’architecture, parce qu’elle façonne l’espace public, relève pleinement de la santé publique.

La Cité de l’architecture renforce son soutien aux jeunes architectes

Trois mois après sa prise de fonction à la tête du département de la création architecturale (DCA) de la Cité de l’architecture et du patrimoine, Jean-Sébastien Lebreton livre ses premières orientations. Successeur de Francis Rambert, qui a occupé le poste durant plus de vingt ans, il entend faire du DCA un espace d’écoute et de dialogue avec l’ensemble des professionnels : architectes, paysagistes, urbanistes.

Fait majeur : le lancement de plusieurs dispositifs dédiés aux étudiants des Ensa. Une bourse de recherche-création sur le dessin, en partenariat avec le réseau Ensa-Eco, a déjà distingué quatre lauréats parmi près de 70 candidats. Leurs travaux sur le thème « Cohabiter avec le vivant » seront exposés en janvier 2027. Une masterclass d’été réunira par ailleurs 20 étudiants autour de l’architecte Bita Azimi et de l’exposition « Patrimoines en résistance ». Un troisième volet, consacré à la valorisation des projets de diplôme, est à l’étude.

En toile de fond, 2027 s’annonce charnière : les 20 ans de la Cité, les 90 ans du palais de Chaillot et les 50 ans de la loi sur l’architecture seront célébrés conjointement. La programmation détaillée sera dévoilée en septembre.

Data center géant dans la Somme | L’agence Patriarche à la manœuvre

L’agence d’architecture Patriarche a été retenue pour concevoir un data center d’une puissance d’un gigawatt sur 64 hectares au Bosquel, dans la Somme. Le projet, financé par le japonais Softbank à hauteur de 10 milliards d’euros minimum, s’inscrit dans un plan d’investissement de 75 milliards dédié aux infrastructures d’IA en France.

Loin du hangar technique classique, le programme prend la forme d’un campus. Son signal architectural : un bâtiment circulaire de 100 mètres de diamètre, en structure bois sur pilotis, qui accueillera bureaux, salles de formation, incubateur, hôtellerie et commerces de proximité. À l’arrière, seize modules préfabriqués (les « pods ») abriteront les serveurs, partiellement enterrés grâce à la déclivité naturelle du terrain.

Le refroidissement repose sur un système de free cooling, avec une consommation d’eau qualifiée d’infime. RTE s’est engagé à fournir le gigawatt nécessaire sous quatre ans. Côté coûts, le ratio est confirmé pour 10 millions d’euros par mégawatt pour le bâti seul, hors GPU.

L’agence mobilise déjà 40 collaborateurs et prévoit de monter à 400. Une filiale dédiée, Patriarche AI, a été créée pour piloter ce projet et d’autres opérations similaires encore confidentielles. Damien Patriarche y voit l’amorce d’une filière industrielle française exportable, adossée notamment à la future usine Schneider Electric de Dunkerque.

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