Architecte d’intérieur | Un métier exigeant qui ne s’improvise pas
Le Conseil Français des Architectes d’Intérieur (CFAI) a accordé une interview à l’ONISEP pour clarifier un constat préoccupant : la profession reste mal connue, y compris dans les milieux du bâtiment. Bérengère Tabutin, secrétaire générale du CFAI, et Sylvie Hoareau, présidente de la Commission Enseignement, montent au créneau pour défendre la rigueur de la profession.
L’architecte d’intérieur n’est pas un décorateur. Ce professionnel conçoit et restructure des espaces dans le cadre bâti, neuf ou existant, en maîtrisant volumes, matériaux, normes techniques et coordination de chantier. Il engage sa responsabilité décennale, au même titre qu’un architecte.
Le problème ? N’importe qui peut aujourd’hui se prévaloir du titre, après quelques mois de formation en ligne. Face à cette dérive, le CFAI a labellisé 19 formations soumises à des critères stricts : titre RNCP niveau 7 (bac+5), volume horaire supérieur à 500 heures par an, présence d’architectes d’intérieur CFAI et DPLG dans l’équipe pédagogique. Les compétences attendues vont bien au-delà du talent créatif : sens du contact, organisation, pédagogie, maîtrise des outils numériques. La certification est réexaminée tous les trois ans.
Parmi les établissements reconnus : l’Ensad, Boulle, Ensaama, Talm-Angers ou encore le lycée Livet à Nantes, aux côtés de 14 écoles privées. Les diplômés de ces structures accèdent plus facilement à la certification CFAI, gage de crédibilité sur le marché.
Révéler, relier, projeter | Le CFAI sacre une promotion 2026 ancrée dans son époque
Autre actualité du CFAI qui a dévoilé, fin janvier, les lauréats de la deuxième édition de ses prix Jeunes Talents. Vingt-six diplômés issus d’écoles reconnues ont concouru, confirmant la vitalité de la relève en architecture intérieure.
Présidé par Arnaud Berthereau du Studio Briand et Berthereau, le jury a distingué trois projets :
- Le premier prix revient à Lorraine Baumann (École Camondo Paris) pour Arche, une réhabilitation de l’abbaye de Jumièges mêlant musée, restaurant et foyer d’artistes.
- Le deuxième prix récompense Maëlle Blain (Edna Nantes) pour MUE, un dispositif d’occupation temporaire des friches urbaines fondé sur l’écoconception.
- Le troisième prix distingue Aglaé Jolly (Edna Nantes) pour Sous Pression, une réflexion sur l’espace confiné en sous-marin nucléaire et ses effets psychologiques.
- Un coup de cœur CFAI a également été attribué à Louise Cadro (Ifat) pour Canopée, un équipement nautique néobreton à Pénestin (Morbihan).
Ces projets partagent une conviction commune : l’espace construit doit répondre aux usages contemporains tout en portant une dimension humaine forte.
Design d’intérieur de luxe | Un marché à 185 milliards de dollars d’ici 2035
Selon la dernière mise à jour du rapport Business Research Insight (mai 2026), le marché mondial du design d’intérieur de luxe devrait passer de 84,69 milliards de dollars en 2026 à 184,65 milliards d’ici 2035, soit un taux de croissance annuel composé de 9 %. Une trajectoire spectaculaire, tirée par l’urbanisation rapide et la hausse des revenus disponibles : 61 % des consommateurs des économies émergentes recherchent désormais des intérieurs haut de gamme pour leurs espaces résidentiels.
L’Europe conserve son leadership avec 42 % de parts de marché, suivie par l’Amérique du Nord (31 %). Le secteur immobilier reste le principal catalyseur : 53 % des nouveaux projets concernent des bureaux intelligents et des hôtels de luxe. Côté segments, les intérieurs nouvellement décorés représentent 65 % du marché, et les applications résidentielles captent 58 % de la demande globale.
Des freins subsistent néanmoins. Le coût élevé des matières premières (bois, marbre, cuir) pénalise 47 % des acheteurs potentiels. En Europe, 35 % des projets accusent des retards faute d’architectes d’intérieur certifiés.
Les géants du secteur (Gensler, HOK, HBA, Perkins+Will) concentrent près de 60 % de l’influence marché grâce à l’innovation et l’expansion internationale. La personnalisation et la durabilité s’imposent comme les nouvelles exigences incontournables des clients fortunés.