Biennale de Venise 2027 | Une édition anniversaire sous le signe du réemploi et de la mémoire des lieux
La XXe Biennale internationale d’architecture de Venise se tiendra du 8 mai au 21 novembre 2027. Les commissaires Wang Shu et Lu Wenyu, fondateurs de l’Amateur Architecture Studio, ont dévoilé leur feuille de route le 19 mai au Ca' Giustinian.
Leur thème : « Faire de l’architecture une possibilité de coexistence ancrée dans la réalité authentique ». Nommé en novembre 2025, le duo chinois impose le réemploi comme fil conducteur. Leur cible ? L’architecture-spectacle et les prouesses technologiques coupées de leur contexte. « Un concept plus simple et authentique crée plus de valeur », affirme Wang Shu.
Figure centrale de leur proposition, le jardin traditionnel chinois incarne l’harmonie et la résilience. Un modèle fragile, selon Lu Wenyu, « souvent détruit par la guerre ou un développement excessif. »
L’édition promet aussi une rupture de format : une intervention architecturale directe dans Venise constituera un site d’exposition à part entière. Wang Shu entend prouver que la cité, berceau de la Charte de 1964 sur la conservation du patrimoine, peut encore porter une transformation sociale concrète.
Autre annonce notable : le chinois devient la troisième langue officielle de la Biennale, aux côtés de l’italien et de l’anglais.
Louvre « Nouvelle Renaissance » | Le duo lauréat dévoile sa vision
Réuni le 13 mai, le jury du concours « Grande Colonnade du Louvre » a désigné le tandem Studios Architecture Paris/Selldorf Architects parmi cinq groupements finalistes, eux-mêmes sélectionnés sur une centaine de candidatures.
Le projet retenu propose de créer de nouveaux accès au musée le plus visité au monde par sa façade orientale, en complément de la Pyramide. L’intervention remet au goût du jour l’axe historique est-ouest depuis Saint-Germain l’Auxerrois jusqu’à un point d’entrée clairement identifié face à la colonnade de Claude Perrault. Deux rampes symétriques en pente douce descendent vers les fossés, désormais végétalisés, et mènent à des entrées souterraines connectées aux espaces d’exposition et au nouveau parcours dédié à la Joconde. Des espaces de restauration et de librairie prennent place sous les rampes.
Le jury a salué la qualité d’insertion patrimoniale, la clarté des cheminements et la sobriété du parti architectural. L’équipe associe notamment Base Landscape Architecture, l’Atelier Franck Boutté et le scénographe Scenarchie.
Estimé à 660 millions d’euros, ce chantier s’inscrit dans le plan « Louvre Nouvelle Renaissance » annoncé par Emmanuel Macron en janvier 2025, qui prévoit une rénovation globale du palais.
Commande publique « à bout de souffle » | Le CROAIF livre ses remèdes
Le conseil régional de l’Ordre des architectes d’Île-de-France (CROAIF) a dévoilé le 12 mai un livre blanc alarmant sur l’état de la commande publique. Diagnostic posé : un système où la technicité des règles écrase désormais leur finalité culturelle et environnementale.
Parmi les mesures phares, le CROAIF défend le concours comme procédure de référence, alors même que le seuil obligatoire vient de passer de 216 000 à 300 000 euros. Il s’oppose aux marchés globaux, accusés de réduire l’architecte à un « maillon subordonné » de l’entreprise mandataire.
Le livre blanc cible aussi la pondération excessive du critère prix au détriment de la qualité architecturale. Il propose d’évaluer les projets sur la pertinence, la qualité d’usage, la frugalité constructive et la pérennité. Autre point sensible : l’accès des jeunes agences, pénalisées par l’exigence de références. Le jumelage avec des structures expérimentées figure parmi les solutions avancées.
Côté rémunération, le CROAIF dénonce l’érosion des honoraires et réclame la généralisation de la règle des 80 % pour les primes de concours. Enfin, il appelle les maîtres d’ouvrage à des budgets sincères, des délais réalistes et un retour au respect du CCAG maîtrise d’œuvre.
Mélèze massif contre bardage bois | Les arbitrages de Link Architectes
À Corberon, commune de 420 habitants près de Beaune, l’agence Link Architectes livre un équipement polyvalent de 430 m² qui fait office de salle des fêtes, cuisine collective, bar et réfectoire scolaire. Budget : 1 516 M€ HT.
Le parti pris ? Refuser le réflexe du bardage bois en façade. Gérald Lafond, architecte associé chez Link, privilégie le bois en structure plutôt qu’en enveloppe, pour des raisons de durabilité et de cohérence architecturale. Ici, la structure est en béton coulé en place, un choix dicté par l’isolation acoustique face aux usages festifs. L’enveloppe, elle, adopte la brique en vêture de 30 mm, un clin d’œil aux bâtiments agricoles du XIXe siècle, sans jamais feindre une maçonnerie porteuse.
Le bois intervient là où il est protégé : charpente, parquet, complexes acoustiques intérieurs. Les menuiseries extérieures en mélèze massif français, naturellement imputrescible, ont bénéficié d’un séchage prolongé avant crise Covid, gage de qualité supérieure. Un simple saturateur incolore suffit à les protéger.
Portes et trumeaux en bois sont placés en retrait sous les avancées de toiture, qui limitent aussi les apports solaires excessifs. Couverture zinc, modénatures soignées, arêtiers complexes : Link cultive ici son art de l’hybridation entre familier et singulier.