La construction de bâtiments de plus en plus technologiques nécessite le réglage soigné de leurs équipements et un accompagnement de leur mise en service. Ces tâches devraient être contractualisées avec les entreprises sous le contrôle du maître d’oeuvre ou d’un assistant au maître d’ouvrage.
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Les bâtiments perfor­mants sont exigeants. Leur conception est pointue ; leur construction forcé­ment soignée ; et leur exploitation nécessairement respectueuse des préconisations des constructeurs. C’est particulièrement le cas avec des équipements de génie clima­tique dont la technicité s’est accrue ces dernières années au fur et à me­sure du relèvement des exigences réglementaires. « Les systèmes sont de plus en plus complexes et néces­sitent des réglages fins à la mise en service, en particulier lorsque plu­sieurs équipements interagissent instantanément avec les conditions climatiques pour atteindre une haute performance », remarque Dominique Céna, vice-président de CINOV in­génierie1, en charge du groupe mé­tier fluides. Il est même difficilement concevable de régler les installations une fois pour toutes à la réception des travaux. Et cela, pour une maison individuelle basse consommation comme pour un hôpital : outre qu’il faut attendre au moins une saison de chauffe – voire de refroidissement pour des locaux climatisés –, il est désormais admis que plusieurs an­nées peuvent être nécessaires pour ajuster les paramètres et atteindre les performances projetées les plus éle­vées2.

Pourtant, la pratique est bien diffé­rente : « La maîtrise d’ouvrage nour­rit beaucoup d’espoirs avec les bâti­ments de nouvelle génération, mais les performances sont généralement gâchées par une prise en main négli­gée des installations », regrette l’in­génieur. Autrement dit, ces bâtiments ne peuvent tenir leurs promesses faute d’un bon accompagnement de leur mise en service.

 

PERTE D’EFFICACITÉ DE 20 À 30 %

Certes, les réglages des matériels ins­tallés dans les bâtiments sont l’affaire des entreprises qui les mettent en oeuvre. Pourtant, deux écueils per­durent : des paramétrages inadaptés au contexte de l’opération, souvent associés à la méconnaissance des systèmes mis en oeuvre ; et une ab­sence de transmission des instruc­tions sur ces systèmes aux personnes qui vont s’en servir. « La perte d’effi­cacité d’une installation de chauffage mal réglée peut atteindre 20 à 30 % de ses capacités, ce qui n’est pas ac­ceptable », déplore Dominique Céna. Faute d’instructions, l’exploitant se désintéresse de la régulation ; faute d’un bon fonctionnement, l’habi­tant finit par se débrouiller avec du matériel d’appoint… ou engage une réclamation auprès de son assureur. Résultat : des pertes de temps et d’énergie qui ruinent les espoirs d’un maître d’ouvrage forcément déçu par les constructeurs. Ces derniers sont jugés incompétents. Comment y re­médier ? « Certains industriels pro­posent aux entreprises d’effectuer eux-mêmes la mise en service des centrales de climatisation qu’ils fa­briquent. Ce premier pas est encou­rageant mais insuffisant. La bonne solution réside dans une démarche qualité qui s’inscrit dans le temps et qui implique tous les acteurs : c’est le commissionnement », indique l’ingénieur. Derrière cette appellation peu explicite3 se cachent deux impératifs : créer les conditions pour atteindre et maintenir les performances contractuelles d’une installation ; puis mettre à la disposition des habitants (ou des exploitants) les instructions de maintenance, incluant leur initiation pour une bonne prise en main de l’installation. Et cela, quelle que soit la taille de l’opération.
Ces tâches échoient naturellement aux entreprises titulaires des lots techniques4, à moins de considérer qu’elles ne sont devenues que de simples poseurs. Deux recommandations s’imposent : contractualiser le commissionnement, d’une part ; et veiller à son contrôle, d’autre part. « À l’instar de la coordination SSI5 ou SPS6, la coordination du commissionnement doit être assurée de préférence par une tierce partie indépendante de l’entreprise et du maître d’ouvrage : ce rôle revient au maître d’oeuvre ou à un assistant du maître d’ouvrage (AMO Commissionnement) », recommande Dominique Céna.

 

LA MAÎTRISE D’OEUVRE A UN RÔLE À JOUER

La mise en service d’un bâtiment est donc un travail collectif : l’équipe comprend l’installateur, chargé notamment de transmettre le dossier d’utilisation d’exploitation et de maintenance (DUEM)7 à l’exploitant et le maître d’oeuvre missionné pour suivre les travaux et superviser l’accomplissement des tâches8. Ces missions s’inscrivent pleinement dans le chantier et, au-delà, idéalement jusqu’à deux à trois ans après la livraison. La prise en main des équipements intervient quelque temps après la réception de travaux : « Lors de son emménagement, l’occupant du bâtiment n’est pas nécessairement disponible pour se former à l’utilisation des équipements techniques qui vont pourtant conditionner son
Les constructeurs ne sont pas les seuls à voir le commissionnement comme un atout majeur de la qualité.
confort de vie pendant plusieurs années, constate Dominique Céna, il est donc préférable de repousser cette étape pour s’assurer de sa disponibilité d’écoute. »

À la clé : l’absence de dysfonctionnements ultérieurs dus aux défauts de manipulation des équipements ; une réduction significative de la sinistralité dans les premières années d’exploitation des bâtiments ; et l’absence de dérapage sur les consommations d’énergie.

Certes, le soin accordé à la sélection d’entreprises compétentes demeure l’étape clé de la démarche qualité, mais la contractualisation et la supervision du commissionnement apparaissent désormais comme un facteur incontournable de cette démarche. Pour s’assurer de la bonne prise en main du bâtiment par leur client, les architectes et les AMO doivent, dès la programmation, attirer leur attention sur cet enjeu : « Si les maîtres d’ouvrage remarquent souvent que les entreprises ont une obligation de résultat sur la performance de l’installation, ils prennent généralement vite conscience que la transmission des informations sur le fonctionnement des équipements ne peut être laissée à leur appréciation », constate Dominique Céna. De même, ils ne peuvent compter sur la seule garantie biennale de bon fonctionnement pour obtenir le meilleur de ce que peut leur apporter leur installation technique.
Les constructeurs ne sont pas les seuls à voir le commissionnement comme un atout majeur de la qualité : l’ADEME9, l’AQC10 et l’AICVF11 travaillent notamment à sa diffusion. Avec la MAF, la fédération CINOV compte élaborer des clauses à insérer dans les contrats de maîtrise d’oeuvre pour définir le rôle et le niveau d’engagement de la maîtrise d’oeuvre en matière de commissionnement.

Ajoutons enfin que le commissionnement constitue un bon retour d’expérience « après livraison » pour les entreprises et les bureaux d’études. La capitalisation des données sur les bâtiments « en exploitation » pourrait s’appliquer à d’autres aspects du bâtiment tels que l’étanchéité à l’air, la qualité de l’air intérieur, les émissions de carbone… ce qui ne manque pas d’intéresser au plus haut point les rédacteurs de la future réglementation environnementale attendue pour 2020 (RE 2020). Affaire à suivre…

 

1. Le syndicat d’ingénierie au sein de la Fédération des syndicats des métiers de la prestation intellectuelle du conseil, de l’ingénierie et du numérique (Dominique Céna dirige également le bureau d’études fluides Céna Ingénierie, installé à Chambéry).
2. La réception de travaux doit se faire avec réserve portant sur l’atteinte des performances des installations CVC au terme d’un cycle saisonnier complet.
3. L’étymologie de « commissionnement » renvoie au fait de confier une mission
(en usage notamment dans la marine française au XVIIe siècle).
4. C’est le rôle du « metteur au point » dans l’entreprise de génie climatique.
5. SSI : système de sécurité incendie.
6. SPS : sécurité et protection de la santé.
7. Le DUEM comprend notamment les notices d’utilisation des matériels.
8. L’OPQIBI vient de créer une qualification « Accompagnement au commissionnement des installations techniques du bâtiment »
9. Ademe : Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.
10. AQC : Agence qualité construction.
11. « Le commissionnement » : 2e Université d’été de l’Association des ingénieurs en climatique, ventilation et froid (AICVF) – le 25 juin prochain au lycée Raspail, 5 bis, avenue Maurice-d’Ocagne, 75014 Paris, de 14 à 18 heures. Inscription

 

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